Piet Mondrian ( 1872 - 1944 )

Pieter Cornelis Mondriaan, appelé Piet Mondrian à partir de 1912, né le 7 mars 1872 à Amersfoort aux Pays-Bas et mort le 1er février 1944 à New York aux États-Unis.

Piet Mondrian est un peintre néerlandais reconnu comme un des pionniers de l’abstraction et un des théoriciens fondamentaux de l'art moderne.

 

Biographie

7 mars 1872 Naissance de Pieter Cornelis Mondriaan, à Amersfoort, Pays-Bas.

1892 Mondrian entre à l’Académie des Beaux-arts d’Amsterdam.

 

 

1897 Il devient membre de la société d’artistes de Saint-Luc, qui organise des expositions annuelles au Stedelijk Museum, Amsterdam. Il peint des portraits traditionnels, des décors d’églises et de particuliers en réponse à des commandes et, dans une veine symboliste, des paysages. Il s’attache aux éléments rythmiques de la composition (arbres, barrières) et à la planéité (élévation de la ligne d’horizon pour annuler l’effet de profondeur).

1904-1906 Peint des moulins, des meules de foins et des vues de la rivière du Gein. Sa peinture devient expressionniste et fauve.

1908 À Domburg, il peint avec une touche divisionniste et des aplats de couleur les motifs de l’église, du phare, des dunes et de la mer.

1909 Rétrospective Spoor, Mondrian et Sluyters au Stedelijk Museum d’Amsterdam. S’inscrit à la Société Théosophique des Pays-Bas.

Découvrant en 1911 les œuvres cubistes de Picasso et de Braque ainsi que les tableaux de Cézanne qui les ont inspirées, Piet Mondrian oriente ses recherches dans cette voie en même temps qu’il s’installe à Paris. Datée de 1911, sa Nature morte au pot de gingembre ne laisse aucun doute sur ces influences qui le marquent durablement.
Organisé autour du cercle bleu du pot de gingembre, l’espace de la toile se développe, dans des tons gris, selon une structure épurée qui ne retient de la réalité perçue que ses grandes lignes et ses formes élémentaires. Aplats, facettes et arêtes de quelques volumes esquissés laissent finalement émerger une sorte de quadrillage rythmé qui seul évoque un espace construit. Celui-ci se dissout avant d’atteindre les bords du tableau, achevant ainsi la fusion parfaitement maitrisée de la figure et du fond.


Nature morte au pot de gingembre, 1911


Composition, 1913

Les œuvres de Mondrian, à partir de 1912, témoignent de sa complète appropriation de la démarche des cubistes.
Guillaume Apollinaire écrit au sujet de l’artiste en 1913 : "Mondrian, issu des cubistes, ne les imite point. Il parait avoir avant tout subi l’influence de Picasso, mais sa personnalité reste entière."
Plus loin, il fait état, à son sujet, d’un cubisme "très abstrait".

En témoigne la série consacrée aux arbres dont les dynamiques verticales et horizontales inspirent l’artiste, le tirant de plus en plus vers l’abstraction. On retrouve d’ailleurs avec le motif de l’arbre les sources théosophiques qui nourrissent la pensée de Mondrian. Avec ses racines plongées dans le sol et sa cime tendue vers le haut, l’arbre devient un signe spirituel, symbole du lien entre la terre et le ciel.

Le tableau permet de prendre conscience du travail de Mondrian et de saisir ce qu’il retient du cubisme dans son cheminement vers l’abstraction : lignes épurées, aplats grisés, composition rythmant la surface de la toile ne laissent plus deviner que les silhouettes des arbres dans une atmosphère hivernale.

L’abstraction est pour le peintre, on le voit, la conséquence directe de la démarche initiée par les cubistes, mais qu’il leur reproche de ne pas mener à son terme. "Les cubistes, disait-il, refusent les conséquences de leur propre révolution plastique. La sensibilité moderne ne peut se réduire à l'intégration de multiples points de vue, elle doit tendre vers une langue plastique directement universelle et rationnelle."

L’abstraction élaborée par Mondrian est intimement liée au réel, dont il cherche à traduire le sentiment profond. Des arbres, mais aussi des façades parisiennes, Mondrian tire les lignes de force de ses compositions, afin d’atteindre un langage pictural universel exprimant l’essence de la nature et des choses.

En témoigne la Composition avec plans de couleur : Façade, qu’il réalise en 1914, porté par sa rencontre avec Paris, ville moderne par excellence, avec ses immeubles et ses façades orthogonales qui s’apparentent au motif de la grille. On retrouve ici le lien étroit qu’entretient son travail avec l’architecture et la ville. Toutefois, éloigné de Paris pendant les quatre années que dure la Première Guerre mondiale, le peintre retrouve en Hollande les paysages naturels et notamment ceux des bords de mer.

Un nouveau pas est alors franchi avec les Plus-Minus (« Plus-Moins »), tableaux qui ne sont constitués que de traits verticaux et horizontaux mais qui pourtant traduisent un paysage.


Facade 1914

Composition, 1917

Déjà présents dans les recherches cubistes de Mondrian et dans ses compositions inspirées des façades parisiennes qui les voient gagner en puissance, les plans de couleur acquièrent une autonomie complète dans son œuvre au cours des années 1917-1919.
La rencontre avec Bart Van der Leck joue ici un rôle important, ainsi que la réflexion sur les formes élémentaires, initiée avec Theo Van Doesburg, et qui accompagne la naissance de De Stijl.

Composition avec plans de couleur 2 appartient à une série de 6 tableaux dans lesquels Mondrian poursuit sa réflexion sur les couleurs et sur la planéité de la toile. "Rarement peintre a été plus loin dans le refus de la composition, et rarement peintre a été plus précis dans la façon de mettre son refus en page", écrit Thierry de Duve.

Et aussi : "La distribution des plans est centrifuge et pourtant rigoureusement statique, parait aléatoire et cependant jamais prise en défaut d’équilibre, s’affirme délibérément illogique et s’impose comme une évidence."

Ces plans de couleurs entretiennent un dialogue étroit avec la grille orthogonale qui, comme parachevant le travail des Plus-Minus, vient alors structurer, sans plus aucune concession, toute la surface du tableau.

"Je construis des lignes et des combinaisons de couleurs sur des surfaces planes afin d’exprimer, avec la plus grande conscience, la beauté générale." (Lettre de Mondrian à H.P. Bremmer, 29 janvier 1914, citée dans le catalogue Mondrian, p.22.)

Les œuvres produites en même temps qu’est publié Le Néo-Plasticisme incarnent une forme d’aboutissement de la pensée de Mondrian.
Le vocabulaire universel qu’il a élaboré par épuration progressive s’y déploie : des lignes noires horizontales et verticales et les trois couleurs primaires : rouge, jaune et bleu. Ici, plus de damier régulier. C’est au contraire la dissymétrie qui s’affirme comme une clef de la composition.

De fines lignes noires isolent de vastes rectangles emplis pour certains de couleurs vives, ou des « non-couleurs » que sont le noir, le gris et le blanc. La composition, dissymétrique, n’est pas délimitée par le cadre. Lignes comme aplats de couleurs semblent se poursuivre hors de la toile, le rouge apparaissant ici presque à l’extérieur. Tant la dynamique des lignes noires que la planéité des couleurs et le rythme ainsi construit assurent à la composition son équilibre, et son inscription dans un tout bien plus vaste que la seule surface de la toile.

"Oui, toutes choses sont des parties d’un tout : chaque partie reçoit sa valeur visuelle du tout et le tout la reçoit des parties. Tout se compose par relation et réciprocité. La couleur n’existe que par l’autre couleur, la dimension est définie par l’autre dimension, il n’y a de position que par opposition à une autre position. C’est pourquoi je dis que le rapport est la chose principale." (Mondrian, Réalité naturelle et réalité abstraite, 1920.)

Dans cette perspective, chaque élément s’intègre et fusionne avec l’ensemble. Le rapport dont parle Mondrian s’applique au tableau mais, par extension, il comprend aussi la communauté humaine. En ce sens ses recherches plastiques, par la volonté de créer un équilibre à la fois vivant et parfait, ont vocation, pour le peintre, à littéralement changer le monde.


Composition, 1921

1930

Mondriantravaille toujours à la fois instinctivement et avec une grande rigueur. Les séries de variations, strictement numérotées à partir de 1920, enchaînent toutes les possibilités plastiques.

En 1930, il se contraint à ne travailler plus qu'avec la ligne, sans aucune couleur. La "Composition losangique avec double ligne" lui permet de retrouver une nouvelle variable : la double ligne. Et la couleur réapparaît.

En 1928, les oeuvres de Mondrian et de Nicolas Eekman seront exposées ensemble à la galerie Jeanne Bucher.

En 1930, il devient membre du groupe Cercle et Carré fondé par son ami Michel Seuphor et par Joaquin Torres Garcia. En 1931, il devient membre du groupe Abstraction-Création, fondé par Vantongerloo et Auguste Herbin. C'est alors une figure majeure du mouvement moderne dans les arts et en architecture.

En 1931, la Styliste de mode Lola Prusac crée pour la Maison Hermès sellier à Paris crée une gamme de valises et de sacs à incrustations géométriques bleu et rouge qui étaient très inspirées des oeuvres de Mondrian de cette période.

A la fin des années 1920, ses compositions prennent une intensité nouvelle avec de grands aplats de couleur, souvent rouge, qui semblent prendre le dessus et tentent d’absorber par leur intensité l’environnement et le spectateur.

A la fin des années 1930, la ligne revient en force, se dédouble dans plusieurs compositions comme pour mieux retrouver son rôle structurant, et la couleur disparait, ne persistant qu’à l’état de frange aux marges du tableau.

Comme au temps de la série des Jetées et océans, les lignes cruciformes reprennent leur rôle absolu.

En 1938 il se réfugie à Londres, puis en 1940, suite aux bombardements de Londres s'embarque, en octobre, pour New York. Il y trouve une ville en correspondance avec ses tableaux, ne serait-ce que par son plan, mais aussi par son rythme.


1939

Broadway Boogie-Woogie, 1942

Depuis longtemps passionné par le Jazz, il adopte avec enthousiasme le Boogie-Woogie et réalise plusieurs chefs-d’œuvre : Brodway Boogie-Woogie, New York City, et enfin Victory Boogie-Woogie qui resta inachevé à sa mort.

Rapidement intégré au monde de l'art avec l’appui de Peggy Guggenheim et devint l'ami de Max Ernst. Il fut sollicité pour divers jurys d'expositions et à cette occasion fit remarquer à Peggy Guggenheim la valeur naissante de Jackson Pollock.

Il fut aussi vite intégré avec les honneurs dans le groupe des American Abstract Artists. Du 21 mars au 13 mai 1945, le Museum Of Modern Art de New York lui rendait hommage avec un accrochage respectueux où le monde de l'art découvrit les peintures réalisées aux États-Unis.

Construites sur le jeu orthogonal de lignes colorées, celles-ci acquirent dans ses derniers tableaux une vibration surprenante. Visible dès la phase d'étude, cette vibration était obtenue grâce à une mise en place par tâtonnement de petits morceaux de papiers, peints à l'huile, posés les uns à côtés des autres, avec la fragilité des Post-it. Victory Boogie-Woogie resta ainsi dans l'atelier9 dans cet état flottant, ouvert au public pendant les six semaines qui suivirent la mort de l'artiste.

   
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