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Félix Vallotton ( 1865 - 1925 )

Ces pages sont rédigées par et pour des passionnés d'Art Contemporain.


Autoportrait, 1897

Félix Vallotton, né à Lausanne le 28 décembre 1865 et mort à Paris le 29 décembre 1925, artiste peintre, sculpteur, graveur sur bois, critique d'art et romancier suisse. En 1900, il est naturalisé français mais conserve la nationalité suisse.Felix Vallotton est né à Lausanne d'une famille bourgeoise protestante. À 17 ans, il vient à Paris et entre à l'Académie Julian, dont les ateliers sont fréquentés par de nombreux artistes post-impressionnistes ainsi que par les Nabis. En moins de dix ans, le jeune Suisse parvient à se faire un nom auprès de l'avant-garde parisienne. Sa renommée devient internationale grâce à ses gravures sur bois et à ses illustrations en noir et blanc qui font sensation. Il participe régulièrement à différents salons (Salon des artistes français, Salon des indépendants, Salon d'automne).

Dès 1891, il renouvelle l'art de la xylographie. Ses gravures sur bois exposées en 1892 au Premier salon de la Rose Croix sont remarquées par les Nabis, groupe qu'il rallie en 1893. La dernière décennie du siècle est également marquée par son travail d'illustrateur, notamment pour La Revue blanche.

En 1899, il épouse Gabrielle Bernheim (1863-1932), veuve de Gustave Rodrigues-Henriques (1860-1894) et fille d'Alexandre Berheim (1839-1915), propriétaire de la Galerie Bernheim-Jeune, célèbre pour avoir exposé la première les Impressionnistes. Il élève les trois enfants Rodrigues-Henriques, mais n'en aura pas lui-même.

À partir de 1900, il délaisse progressivement la gravure et l'illustration pour se consacrer à la peinture. Il peint des scènes d'intérieur, puis se consacre à des thèmes classiques, paysages, nus, portraits et natures mortes qu'il traduit d'une manière personnelle, hors des courants contemporains.

Sa première exposition personnelle a lieu à Zurich en 1909. Il expose régulièrement à Paris, notamment en janvier 1910, à la Galerie Druet, exposition dont le catalogue est préfacé par Octave Mirbeau. Il participe de plus aux expositions d'envergure internationale en Europe et Outre-Atlantique. En Suisse, sa peinture est principalement diffusée par son frère Paul, directeur dès 1913 de la succursale de la Galerie Bernheim-Jeune à Lausanne, future Galerie Paul Vallotton.

Vallotton et le portrait

Loin d'avoir été un portraitiste mondain ou officiel, Vallotton a néanmoins peint de nombreux portraits tout au long de sa vie. A commencer par ses propres autoportraits, reflets de l'état d'esprit du moment, inquiet et mélancolique à ses débuts, ou plus optimiste (« Autoportrait » de 1897) quand enfin se manifeste le succès.

Le portrait est parfois pour lui l'occasion de rendre hommage à ceux qu'il admire: avec Gertrude Stein, il avoue sa dette envers Ingres et son « Monsieur Bertin », icône de la bourgeoisie triomphante du XIXe siècle. En reprenant les mêmes attitude, composition et palette que son illustre aîné, il affirme l'importance à ses yeux de son modèle, défenseur d'un art d'avant-garde auquel, pourtant, il n'adhérait pas toujours. Avec « Les Cinq peintres », il ajoute un chapitre à ce qui, depuis « L'Hommage à Delacroix » de Fantin-Latour, est presque devenu une tradition picturale: la réunion d'artistes comme manifeste artistique, avec ici les Nabis Bonnard, Vuillard, Cottet et Roussel. Rien de vraiment nabi pourtant, dans ce « collage » de personnalités très différentes et comme isolées, malgré la gestuelle très appuyée des mains, qui semble vouloir nous faire croire à une conversation muette. Et les sévères costumes noirs font ici plutôt penser aux maîtres hollandais du Siècle d'or, portraitistes d'une bourgeoisie prospère derrière une apparente austérité.

Vallotton n'est pas forcément plus tendre avec ses proches, comme les frères Natanson, qui l'accueillirent à bras ouverts à La Revue blanche. La même palette réduite à quelques tons de brun, le même dessin appuyé trahissent là encore l'admiration de Vallotton pour des maîtres anciens comme Cranach. Et même le portrait de sa femme Gabrielle, par son classicisme quelque peu austère, peine à exprimer l'affection du peintre pour son épouse, plus sensible dans de pudiques scènes intimistes. Vallotton ne se laisse pas facilement rattraper par l'émotion ou par sa sensibilité, qu'il répugne à laisser voir.

Cette pudeur excessive s'atténue au fil des ans, dans des portraits de facture assez classique, mais à la palette plus chatoyante. La robe de satin jaune de « L'Africaine », et plus encore la flamboyante « Roumaine en robe rouge » parviennent enfin à révéler les talents de coloriste de l'artiste.

Chez cet artiste au tempérament réservé, adepte du self-control, le refoulement, la pulsion, l’idée du mensonge sont omniprésents. Les sentiments surgissent, parfois violents, enfouis sous les apparences du plaisir. Le spectateur, considéré comme un voyeur, entre alors, à son corps défendant, dans le domaine de son inconscient. Non sans humour, à travers une forme de théâtralité, dénotant à l’occasion un soupçon de perversité. Vallotton garde ses distances. Cette distanciation en dit long sur sa relation aux femmes, entre adulation et défiance. Il reste énigmatique, proche de l’incommunicabilité.

En 1919, le peintre écrit dans son Journal : « Il me semble que je peins pour des gens équilibrés, mais non dénués toutefois, très à l’intérieur, d’un peu de vice inavoué. J’aime d’ailleurs cet état qui m’est propre aussi. »

Certaines de ses mises en scène sont lourdes de sous-entendus. On y voit sourdre un érotisme équivoque, inspiré du maître Ingres mais la sensualité débordante en moins. Ces corps qui l’affolent sont corsetés par une ligne de contour qui enserre les formes. Froides, intéressées, ses femmes ne semblent s’abandonner que pour mieux anéantir le malheureux ayant succombé à leurs charmes. Ailleurs, Vallotton dénonce la névrose sociale du mariage. Il le considère ni plus ni moins qu’un carcan bourgeois, réduisant l’idéal amoureux à des rapports de domination, d’intérêts. Ce constat aboutit à des toiles montrant des êtres poussés à la caricature (Homme et femme ou Le viol ; La haine). Le contrat amoureux y est indissociable de l’argent. La séduction va de paire avec la tromperie (Le Provincial, La Chaste Suzanne). Vallotton fait ce constat accablant, oscillant entre frustration, délire de persécution obsessionnel et réquisitoire lucide.

Quelques tableaux notoires ( en italique, ceux reproduits ici )

  • 1885 - Portrait de Madame Vallotton, huile sur toile, Bordeaux, musée des Beaux-arts
  • 1887 - Le Haut-de-forme, intérieur ou La Visite, musée d'art moderne André-Malraux, Le Havre.
  • 1892 - La Malade , collection particulière
  • 1892 - Le Bain, soir d'été, Kunsthaus Zürich
  • 1893 - La Valse, musée d'art moderne André-Malraux, Le Havre.
  • 1895 - Clair de lune, Musée d'Orsay.
  • 1896 - Félix Fénéon éditant La Revue Blanche , Collection privée.
  • 1897 - La Source, huile sur carton, 48 × 60 cm, Genève, musée du Petit Palais.
  • 1898 - Misia à sa coiffeuse, détrempe sur carton, 36 × 29 cm, Paris, musée d'Orsay.
  • 1898 - La Chambre rouge, musée cantonal des Beaux-arts Lausanne.
  • 1898 - Femmes nues aux chats, musée cantonal des Beaux-arts Lausanne.
  • 1898 - La Raison Probante , xylographie
  • 1898 - Le Mensonge, huile sur carton 14 × 33,4 cm, Museum of arts, Baltimore.
  • 1899 - Le Ballon, huile sur carton, Paris, Musée d'Orsay
  • 1900 - Max Rodriguez-Henriques dans l'atelier de son beau-père, huile sur panneau parqueté, dim; h: 51 cm × l: 69 cm, collection Rau.
  • 1900 - Nuage à Romanel, musée cantonal des Beaux-arts de Lausanne.
  • 1901 - Le Port de Marseille, collection particulière.
  • 1901 - Maisons bretonnes, huile sur carton, 67 × 52 cm, Winterthur, Villa Flora, collection Hahnloser.
  • 1902 - Édouard Vuillard dessinant à Honfleur, huile sur carton, 81 × 60 cm, musée des Beaux-Arts de Montréal.
  • 1902 - Cinq peintres Kunstmuseum, Winterthur.
  • 1904 - Penthée, paysage avec figures antiques , huile sur toile, 93 × 142 cm, collection particulière.
  • 1907 - Adolescente entrant dans l'eau, huile sur toile, 46 × 31 cm, Genève, musée du Petit Palais.
  • 1908 - L'Enlèvement d'Europe, Kunstmuseum, Berne.
  • 1908 - L'Automne , collection Mirabaud
  • 1909 - La loge de théâtre, le monsieur et la dame , collection particulière
  • 1910 - Nature morte aux pommes, musée d'art moderne André-Malraux, Le Havre.
  • 1911 - Paysage avec des arbres ou Derniers rayons, hst, sd, dim; h: 100 cm × l: 73 cm, (musée des beaux-arts de Quimper)
  • 1913 - La Grève blanche, Vasouy , collection particulière
  • 1917 - Verdun, musée de l'Armée (Paris).
  • 1917 - Soldats sénégalais au camp de Mailly , Musée départemental de l'Oise (Beauvais)
  • 1918 - Coucher de soleil, Suisse.
  • 1918 - Le Lieutenant Claude Léon en tenue de campagne, 37e régiment d'artillerie, musée national des beaux-arts d'Alger.
  • 1920 - Sous-Bois, KunstHalle, Brême.
  • 1921 - Mimosas en fleurs à Cagnes, collection particulière.
  • 1923 - Pont à la romaine à Cagnes, musée d'art moderne André-Malraux, Le Havre.
  • 1924 - Environs de Cagnes le soir, collection particulière.
  • 19??. - Retrato de Anna Zborowska , collection particulière.
  • 19??. - Le Jura, Romanel, Francfort, Städelesches Kunstinstitut.

1887 - Le Haut-de-forme, intérieur ou La Visite


1909 - La loge de théâtre, le monsieur et la dame



1913 - La Grève blanche, Vasouy


Galerie Virtuelle


1885 - Portrait de Madame Vallotton



1892 - Le Bain, soir d'été



1898 - Femmes nues aux chats



1899 - Le Ballon



1908 - L'Enlèvement d'Europe


1898 - La Raison Probante



1896 - Félix Fénéon éditant La Revue Blanche



1892 - La Malade



1902 - Cinq peintres



1917 - Soldats sénégalais au camp de Mailly