Vingt-quatre heures de la vie d'une femme de Laurent Bouhnik , film français , sorti en 2003

L'action principale se situe au début du XXe siècle, dans une petite pension sur la Côte d'Azur. Grand émoi chez les clients de l'établissement, la femme d'un des pensionnaires, Mme Henriette, est partie avec un jeune homme, professeur de tennis, qui pourtant n'avait passé là qu'une journée. Seul le narrateur prend la défense de cette créature sans moralité. Alors que tout leur entourage la blâmait sans la moindre pudeur, seule une femme plus âgée expliquait à Louis le geste de sa mère.

Cette vieille dame anglaise sèche et distinguée, c'est elle qui, au cours d'une longue conversation, lui expliquera quels feux mal éteints cette aventure a ranimés chez elle. Elle-même, vingt ans plus tôt, alors qu'elle voyageait avec sa belle-sœur qui tentait de lui faire oublier son veuvage, s'était liée jusqu'à la déraison à Anton, officier polonais rencontré autour d'une table de roulette. Ce dernier, jouant sa vie à chaque partie, l'avait bouleversée. Instantanément, et à jamais, amoureuse de lui, elle l'avait empêché de se suicider, s'était offerte à lui, et lui avait fait promettre de ne plus jouer et de rentrer en Pologne. Quelques heures plus tard, alors qu'elle le croyait dans le train, elle le retrouvait au jeu, perdant, la maudissant.

À ces deux époques et ces deux passions, le réalisateur ajoute une troisième époque, situé à la fin du XXe siècle. Cet épisode encadre les deux autres, au début et la fin du film. Hervé, le petit copain d'Olivia, est chassé sans ménagement d'un casino de la Riviera, soûl, il venait d'agresser un vieux client irascible. Ce dernier, Louis, le fils de Mme Henriette est devenu vieux et riche; il est rejoint par Olivia qui prend la fuite avec lui. Après avoir tenté de la chasser, il se résout à veiller avec elle et à la consoler. Il lui confie ses souvenirs d'adolescent : le jour où sa mère est partie, sur un coup de tête, avec son professeur de tennis, laissant son père effondré. Aujourd'hui, Louis pensait se suicider, lui qui n'a jamais rencontré l'amour passionnel. Pourtant, à l'aube, il a repris goût à la vie pendant qu'Olivia part rejoindre Hervé.

Dans le film, comme dans la nouvelle de Zweig, l'analyse des passions doit beaucoup à la psychanalyse. Freud était un ami personnel de Zweig. La passion du jeu, la passion amoureuse, le traumatisme d'une adolescence romantique qui ne trouve jamais l'amour parfait sont, partiellement éclairées par une parole qui peut intervenir plusieurs dizaines d'années plus tard. Dans le cas d'Olivia et de Louis âge, épisode ajouté par le réalisateur, leur nuit d'échange verbaux aboutit à une double prise de conscience. Louis renonce au suicide en considérant que sa vie d'errance, sans trouver le grand amour, mérite quand même d'être prolongée. Olivia, sans renoncer à son amour pour Hervé, prend conscience de sa dépendance et acquière son autonomie.

Dans la description des personnages, l'importance de l'observation des mains est soulignée. Dans les situations de tension, comme par exemple autour d'une table de casino, les protagonistes arrivent à contrôler leurs émotions sur leurs visages, mais ne maîtrisent pas les mouvements de leurs mains.

Extrait de la nouvelle de Zweig sur les mains d'Anton au Casino :

Pendant un moment, elles restèrent étendues toutes les deux sur le tapis vert, telles des méduses échouées sur le rivage, aplaties et mortes. Puis l’une d’elles, la droite, se mit péniblement à relever la pointe de ses doigts ; elle trembla, elle se replia, tourna sur elle-même, hésita, décrivit un cercle et finalement saisit avec nervosité un jeton qu’elle fit rouler d’un air perplexe entre l’extrémité du pouce et celle de l’index, comme une petite roue. Et soudain cette main s’arqua comme une panthère faisant le gros dos, et elle lança ou plutôt elle cracha presque le jeton de cent francs qu’elle tenait, au milieu du carreau noir.
Tout de suite, comme sur un signal, l’agitation s’empara aussi de la main gauche qui était restée inerte : elle se réveilla, glissa, rampa même, pour ainsi dire, vers sa sœur toute tremblante que son geste semblait avoir fatigué, et toutes deux étaient maintenant frémissantes l’une à côté de l’autre : toutes deux, pareilles à des dents qui dans le frisson de la fièvre claquent légèrement l’une contre l’autre, tapotaient la table, sans bruit, de leurs jointures. Non, jamais, jamais encore, je n’avais vu des mains ayant une expression si extraordinairement parlante, une forme d’agitation et de tension si spasmodique.
Sous cette grande voûte, tout le reste, le murmure qui remplissait les salons, les cris bruyant des croupiers, le va-et-vient des gens et celui de la boule elle-même, qui maintenant, lancée de haut, bondissait comme une possédée dans sa cage ronde au parquet luisant, toute cette multiplicité d’impressions s’enchevêtrant et se succédant pêle-mêle et obsédant les nerfs avec violence, tout cela paraissait brusquement mort et immobile à côté de ces deux mains frémissantes, haletantes, comme essoufflées, en attente, grelottantes et frissonnantes, à côté de ces deux mains inouïes qui me fascinaient quasiment et accaparaient toute mon attention.

Distribution

  • Agnès Jaoui : Marie Collins Brown
  • Michel Serrault : Louis
  • Bérénice Bejo : Olivia
  • Nikolaj Coster-Waldau : Anton
  • Clément van den Bergh : Louis jeune
  • Frances Barber : Betty
  • Bruno Slagmulder : Hervé
  • Pascal Greggory : Joueur casino
  • Valérie Dréville : Henriette
  • Serge Riaboukine : Maurice
  • Chloé Lambert : Pensionnaire
  • François Caron : Pensionnaire

Fiche technique

  • Réalisation : Laurent Bouhnik
  • Scénario : Laurent Bouhnik et Gilles Taurand, d'après la nouvelle homonyme de Stefan Zweig , publiée en 1927
  • Musique : Michael Nyman
  • Photographie :Gilles Henry
  • Montage : Hervé de Luze et Jacqueline Mariani
  • Décors : Tanino Liberatore
  • Production : France, Allemagne, Grande-Bretagne
  • Durée : 107 mn
  • Date de sortie : 8 janvier 2003