À Orihuela, commune espagnole de la province d’Alicante, une légende raconte que le fleuve peut tomber amoureux d’une femme et l’emporter avec lui sous l’eau. Au cœur de l’été, après une nuit de fête, des jeunes gens se retrouvent à proximité d’une palmeraie asséchée, au bord du fleuve inquiétant. Les rires fusent, l’incertitude plane. Et se resserre sur un groupe de filles sensuelles, soudées. Parmi elles, Ana , brune à la peau mate, « reine arabe » dont tombe immédiatement amoureux le jeune José. Une tempête menace de faire déborder à nouveau la rivière qui le traverse. Une ancienne croyance populaire assure que certaines femmes sont prédestinées à disparaître à chaque nouvelle inondation, car elles ont « l’eau en elles ». Une bande de jeunes essaie de survivre à la lassitude de l’été, ils fument, dansent, se désirent. Dans cette atmosphère électrique, Ana et José vivent une histoire d’amour, jusqu’à ce que la tempête éclate. Dans ce premier long métrage de l’Espagnole Elena López Riera, elle-même originaire de cette ville, plusieurs femmes transmettent, face caméra, leur propre version de l’histoire. Comme un secret chuchoté à l’oreille du spectateur, sous forme de mise en garde… Le folklore se mue alors en menace, accentuée par l’arrivée imminente de pluies diluviennes, et la crainte d’une crue qui ravagerait les cultures. Ce film, découvert à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes, apporte un regard affûté sur une jeunesse empêchée par la réalité économique, tout en rendant hommage, sous forme quasi documentaire, à un territoire et ses coutumes. La réalisatrice met aussi en scène, par le biais d’images d’archives, la terrible inondation qui avait frappé la région en septembre 2019. Les récits s’entremêlent comme les courants chauds et froids d’une rivière, pour glisser doucement vers une vague fantastique. Sur laquelle on surfe volontiers. « El Agua est fait d’eau et de feu. Il étreint dans un même mouvement, tout en hybridité des genres et des éléments, l’incandescence de l’adolescence associée à une quête plus brumeuse qui convoque un folklore et un mysticisme féminin et féministe. Pour son premier long métrage, Elena López Riera reste fidèle à cette attachante et vieille coutume qui consiste à joindre aux pas d’un.e cinéaste en pleine réalisation et confirmation, ceux de son héros/héroïne, acteur/actrice et, qui sait, alter ego. » Elena López Riera déclare: Le plus difficile a été d’articuler des choses très éloignées. J’aime bien mêler plusieurs dimensions qui, à priori, ne sont pas faites pour aller ensemble. La légende existe et elle a été quelque peu modifiée. Des inondations successives, outre les images des animaux morts et les histoires de personnes disparues, je me souviens surtout des récits des vieilles femmes du village qui parlaient de femmes avalées par le fleuve. Selon les croyances locales, elles seraient condamnées à disparaître avec chaque nouvelle inondation. Comme une malédiction qui les poursuit. La réalité de l’eau est le socle de cette légende, avec des conséquences très concrètes
au quotidien, à savoir une peur ancestrale de l’eau et en
même temps un besoin vital. Peur avec les inondations et
besoin de l’eau car c’est une région très sèche qui vit d’une
agriculture intensive complétement créée par les humains
à partir d’une nature domestiquée. Rien de cela, orangers
et citronniers, n’a poussé naturellement. On a une relation
contradictoire avec l’eau.
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Fiche technique:
Distribution
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Elena López Riera est née à Orihuela en Espagne en 1982. Après une thèse de doctorat sur le cinéma argentin contemporain, elle enseigne la littérature comparée, à l’Université de Genève, l’Université Carlos III de Madrid et à Valence. Elle a réalisé les courts-métrages Pueblo, présenté à la Quinzaine des réalisateurs en 2015, et Las vísceras, présenté au Festival de Locarno, en compétition internationale Pardi de domani. Son dernier court-métrage Los que desean a été nominé aux European Film Awards et a remporté le Pardino d’Oro au Festival de Locarno en 2018. Elena a étéégalement cofondatrice du collectif de recherches et pratiques audiovisuelles lacasinegra. Elle a
participé au Berlinale Talent Campus du Festival international de Berlin 2017. |
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