Après un solo au théâtre où Guillaume Gallienne jouait tous les rôles de son texte largement auto-biographique, l'envie le démangeait de l'adapter au cinéma, où il se livre à une impressionnante performance d'acteur. "Depuis le départ c'était un film dans ma tête. Le cinéma m'a permis de raconter plus de choses, d'aller plus loin". "Ce malentendu a bien eu lieu. Beaucoup de choses du film sont assez proches de la réalité".
Le scénario, peu modifié et co-écrit par son metteur en scène de théâtre, Claude Mathieu, se base sur un "malentendu" au sein d'une famille bourgeoise. Sa mère a eu trois garçons et désirait une fille. Le jeune Guillaume endosse dès lors ce rôle féminin, par amour pour cette mère adulée et peu démonstrative, au point de se rêver en Sissi impératrice d'Autriche. Au grand dam de son père rêvant de le voir pratiquer des sports virils, mais confronté à un garçon à la voix haut perchée, forcément homosexuel. Prendra-t-il en définitive cette orientation sexuelle ?
Dans le film, Guillaume Gallienne tient à la fois le rôle du fils efféminé et d'une mère grande gueule, qui apparaît sans cesse dans la vraie vie et dans ses songes. Dans le manoir familial peuplé de domestiques, en pension en Angleterre ou chez le psy. Le film désopilant, qui suit un grand naïf sur le chemin de la maturité, se révèle un vibrant hommage d'amour à sa mère et aux femmes. Il est aussi entrelacé de monologues sur une scène de théâtre, pour dépeindre le cheminement du personnage vers son métier d'acteur.
Le style visuel de Gallienne n’est pas très novateur, mais son écriture, son timing et son jeu sont renversants. Le film voit se dérouler un florilège de tous les types d’humour, du comique de caractère au comique de situation, du trait d’esprit langagier au comique d’action. Guillaume Gallienne repasse par son passé en adoptant tous les points de vue, le sien, celui de sa mère, celui des autres. C’est par le rire et la prise de distance à soi-même qu'il apprend à vivre avec ses blessures et drames passés.
Sous ses dehors de farce, le film est aussi un film politique, sociétal. La grande révélation tardive du film, c’est que malgré sa forte part féminine, Guillaume aime et désire les femmes. Il serait erroné de voir dans ce retournement un triomphe final de la norme. D’abord, parce que la mère est surprise et presque déçue, elle qui s’était tellement habituée à ce que son fils soit comme sa fille. L'inversion est l’un des processus du rire et de sa portée critique comme l’enfant qui fait la leçon aux parents, ou le prévenu qui fait la morale au juge. En inversant ici le majoritaire et le minoritaire en matière de genre et de sexe, Gallienne fait perdre les repères et renvoie les préjugés dans un néant d’où ils n’auraient jamais dû sortir. En faisant rire d’un coming-out hétéro, il tend un miroir subtil et impitoyable à l’homophobie, à son ridicule et à sa bêtise.
La morale la plus forte du film, c’est l’épanouissement de l’individu libre, pas la conformité à ce que les autres attendent de lui. Cette brillante comédie est placée sous le double signe de Cocteau (cultive tes défauts) et d’Almodóvar (une des premières séquences se passe en Espagne). Comme le roi de la movida, Gallienne réussit le mariage du rire et de l’émotion, du progressisme et de l’universel, il rapproche la marge du centre en abordant des questions lourdes de façon légère.
