Gilda
de Charles Vidor, sorti en 1946

Johnny Farrell, joueur professionnel, débarque à Buenos Aires, en Argentine. Il se lie d'amitié avec Ballin Mundson, le propriétaire d'un casino, dont il devient l'associé. A l'issue d'un voyage d'affaires, Ballin revient, accompagné de celle qu'il vient d'épouser : l'extraordinaire Gilda. Le hasard, la prédestination, veulent qu'elle soit précisément l'ex-fiancée de Farrell. Ballin, suspectant l'ancienne liaison, confie à Farrell la garde de Gilda.

L'ancien amour renaît de ses cendres. Farrell, en proie à la haine, la jalousie, subit l'inversion de sa passion amoureuse. Ballin, quant à lui, assoiffé de pouvoir, prépare l'organisation d'un trust international visant le monopole mondial du commerce d'un métal rare : le tungstène. Il réunit autour de lui un cartel d'hommes d'affaires, organisation secrète dont il est le chef. L'amour cependant, la passion qui le lie à Gilda, lui fait commettre les erreurs qui ruinent son plan. Gilda, devenue la veuve de Ballin, épouse Farrell en secondes noces.

Ce dernier prend la succession de Ballin à la tête du cartel du tungstène. Il accuse Gilda d'infidélité, et lui reproche de ne pas respecter la mémoire de son défunt mari. Gilda relève le défi de Farrell. Elle provoque Farrell et démontre à tous qu'elle est effectivement cette épouse infidèle qu'il a lui-même épousée.

Coup de théâtre, Ballin, que l'on croyait mort, resurgit… Il compte bien reprendre Gilda, et menace d'éliminer Farrell. Ballin est tué in extremis par Oncle Pio, l'employé-philosophe du casino et ange-gardien de Gilda.

« On ne vit jamais une femme comme Gilda ! » proclamait l’affiche de Gilda en 1946. Le film fut immédiatement un succès retentissant : il rapporta plus de trois millions de dollars de recette dès sa première sortie ! Tourné au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le film est à première vue, entièrement destiné à la gloire de la star de la Columbia, Rita Hayworth.

Mais Gilda n'apparaît que très tard à l'image. Non pas qu'elle ne sache se faire désirer. Au contraire, parce qu'on ne la désire pas. Ni Mundson, son mari, directeur de casino livide et balafré ; ni Johnny, son ex, jeune loup fringant et gominé. En 1946, alors que Rita Hayworth est au sommet de sa carrière, l'insinuation est de taille. Il ne s'agit en rien d'un avertissement à l'actrice sur sa chute prochaine, mais plutôt de l'audacieux camouflage d'un sujet impossible à traiter à l'époque, l'homosexualité masculine : filmé comme un objet de désir, Johnny est littéralement levé sur le trottoir par le mari de Gilda, armé... d'une canne, objet ambigu par nature.

Caché sous le label « film noir », Gilda met donc à nu l'entourage d'une femme fatale au charme inopérant. Impavide et voyeuse, la caméra épouse le regard sadique des hommes qui l'entourent. Elle scrute le visage de Gilda, secoué de mouvements de joie toujours interrompus par l'irruption de figures masculines malveillantes. Rongée par sa frustration sexuelle, Gilda n'a qu'une seule satisfaction physique : la danse.

Après deux ans d’absence, principalement consacrés à la naissance de sa fille Rebecca, Rita fit savoir sa volonté de revenir sur les écrans. Un retour provoqué, sans doute aussi, par son mariage avec Orson Welles qui tournait au naufrage.

Harry Cohn, directeur de la Columbia, mit alors en chantier un film qu’il bâtit uniquement autour de sa star. La production ne disposait pourtant pas d’un scénario complet et ignorait quel serait le résultat final du projet. Gilda fut construit comme le film de Michael Curtiz, Casablanca,au jour le jour. Une première version du scénario, construit d’après un récit de E. A. Ellington, avait été écrite par Marion Parsonnet et remaniée par la suite par la productrice Virginia Van Upp (qui avait déjà écrit un autre succès de Rita : La Reine de Broadway). De nouvelles scènes et de nouveaux dialogues furent ajoutés en cours de tournage.

Les deux numéros musicaux « Put the blame on mame » et « Amado mio » furent même réalisés à la fin du tournage et une partie des dialogues, le film pourtant « bouclé », fut encore remaniée. Et malgré ces tâtonnements, l’alchimie du film fonctionna, sans nul doute grâce à la collaboration inspirée entre les talents de la Columbia. Le film était un produit collectif, outre le scénario, la photographie du talentueux Rudolph Maté, photographe de la plupart des films de Rita à la Columbia, est sublime. De superbes effets contrastés inspirés et la perfection formelle des images en noir et blanc en font un des sommets du film noir.

Les numéros musicaux, les décors somptueux et les costumes du styliste de la firme, Jean Louis, parachèvent la fascination que le film nous procure. Mais tous ces ingrédients n’auraient pas engendré toute cette fascination sans la présence éblouissante de la déesse de l’écran, Rita Hayworth, rayonnante de beauté. Le réalisateur Charles Vidor rend hommage au charisme de la star et l’aide à atteindre ce qui sera le sommet de sa gloire en lui donnant un statut de légende.

Le morceau d'anthologie du film est la chanson interprétée et dansée par Rita Hayworth "Put the Blame on Mame", au cours de laquelle elle retire de manière suggestive son long gant noir. Comme pour "Amado mio", c'est Anita Ellis qui lui prête sa voix. Pour la première fois à Hollywood, dans la mythique scène du strip-tease ganté, une actrice osait danser seule à l'écran, tout en extériorisant ses pulsions érotiques les plus intimes. Dès la sortie, le public fit un triomphe à ce film sec et amer sur le manque d'amour. Aujourd'hui encore, Gilda reste un bluffant manifeste sur l'atrophie du désir.

Distribution

  • Rita Hayworth : Gilda
  • Glenn Ford : Johnny Farrell
  • George Macready : Ballin Mundson
  • Joseph Calleia : Miguel Obregon
  • Steven Geray : oncle Pio
  • Joe Sawyer : Casey
  • Gerald Mohr : le capitaine Delgado
  • Robert Scott : Gabe Evans
  • Ludwig Donath : l'Allemand
  • Don Douglas : Thomas Langford
  • Eduardo Ciannelli : un membre du cartel

Fiche technique

  • Titre original : Gilda
  • Réalisation : Charles Vidor
  • Scénario : Marion Parsonnet et Ben Hecht d'après une histoire de E.A. Ellington
  • Adaptation : Jo Eisinger
  • Production : Virginia Van Upp
  • Studio de production : Columbia Pictures
  • Musique originale : Marlin Skiles
  • Chorégraphe : Jack Cole
  • Photographie : Rudolph Maté
  • Montage : Charles Nelson
  • Direction artistique : Stephen Goosson et Van Nest Polglase
  • Format : Noir et blanc - Son : Mono
  • Durée : 110 minutes
  • Date de sortie : 14 février 1946




Source: Film Wikia