Pacific Express

Pacific Express (Union Pacific) film américain réalisé par Cecil B. DeMille, sorti en 1939.

Dans les années 1930, à l’exception de quelques productions, le western était cantonné à des films de série B populaires mais méprisés. Après une éclipse de plusieurs années, le genre est relancé en 1939 avec une série de chefs-d’œuvre comme La Chevauchée fantastique, Les Conquérants, Le Brigand bien-aimé ou Pacific Express. La Palme d'or du Festival de Cannes de 1939, annulé pour cause de guerre a été décernée rétroactivement à ce film en 2002.

  • Titre original : Union Pacific
  • Réalisation : Cecil B. DeMille
  • Scénario : Walter DeLeon, C. Gardner Sullivan et Jesse Lasky Jr. d'après une histoire de Ernest Haycox
  • Adaptation : Jack Cunningham
  • Direction artistique : Roland Anderson et Hans Dreier
  • Photographie : Victor Milner
  • Montage : Anne Bauchens
  • Société de production : Paramount Pictures
  • Format : Noir et blanc - 35 mm - Son mono
  • Durée : 135 minutes
  • Dates de sortie : 27 avril 1939 (première mondiale à Omaha, Nebraska),
    • France : 20 mars 1940

Palme d'or 1939 à titre rétroactif (décerné en 2002)

Distribution:

  • Barbara Stanwyck : Mollie Monahan
  • Joel McCrea : Jeff « Bucko » Butler
  • Akim Tamiroff : Fiesta
  • Robert Preston : Dick Allen
  • Lynne Overman : Leach Overmile
  • Brian Donlevy : Sid Campeau
  • Robert Barrat: Duke Ring
  • Anthony Quinn : Jack Cordray
  • Stanley Ridges : Général Casement
  • Henry Kolker : Asa M. Barrows
  • Francis McDonald : Général Dodge
  • Willard Robertson : Oakes Ames
  • Evelyn Keyes : Mme Calvin
  • Richard Lane : Sam Reed

Critique

La guerre de Sécession vient de se terminer. Le Sénat vote un projet grandiose : la construction d'une ligne de chemin de fer allant de l'Atlantique au Pacifique, réunion symbolique du Nord et du Sud : ce sera l'Union Pacific! Barrows, un financier véreux, soutient un autre projet, le Central Pacific. La voie du Pacific Express avance. Le train est conduit par le vieux Monahan, aidé de sa fille Mollie. Dick Allen en est amoureux. Le chef du convoi est Jeff Butler (en réalité un agent du gouvernement) : il assurera le maintien de l'ordre et la protection contre les Indiens. Butler et Allen ont fait la guerre ensemble : leur amitié est mise à rude épreuve, car leurs intérêts sont contraires et ils aiment tous deux Mollie.

Après de multiples incidents (Indiens, obstacles naturels, bagarres, manigances de Sid Campeau) la ligne sera enfin terminée, les deux voies sont réunies, les deux trains se rejoignent. La ligne traverse des milliers de kilomètres de désert ! Au cours d'une ultime bagarre, Dick est tué, par erreur, par Campeau. Jeff et Mollie, enfin libres, s'avouent leur amour, et vont enfin connaître le bonheur.

Cette entreprise gigantesque qui débuta au début la Guerre de Sécession fut combattue en haut lieu, car les dignitaires souhaitaient que les fonds du gouvernement servent à des projets plus urgents comme la fabrication d’armes. Le cinéaste débute son film par une réunion en haut lieu à propos des enjeux financiers, Ulysses S. Grant remplaçant ici Abraham Lincoln. Les conflits d’intérêts sont alors évoqués, les spéculateurs véreux apparaissant sans plus tarder dans les coulisses afin que les enjeux dramatiques soient clairement définis dès le départ ; des ouvriers vont devoir fournir des efforts surhumains qui seront systématiquement sabordés par un groupe de tenanciers de casinos peu scrupuleux. Juste avant, le générique avait été fait dans un style emphatique et promettant du grand spectacle.

Pacific Express est l’un des plus grands westerns de l’histoire de cinéma. C’est l’un des titres fondateurs du genre à la fin des années 30, avec La Chevauchée fantastique de John Ford et Les Conquérants de Michael Curtiz, lorsque le western n’est plus cantonné dans la série B et accède aux gros budgets des productions de prestige. L’explication de ce renouveau du genre passe par les tensions qui secouent toute l’Europe en cette période. L’Amérique, face à ces risques de conflits, se replie sur elle-même et se réfugie dans ses valeurs traditionnelles. En replongeant aux sources de l’histoire américaine, le cinéma va exalter ces idéologies nationales. Cecil B. DeMille, le maître incontesté du grand spectacle hollywoodien, est un des réalisateurs, avec John Ford, les plus profondément attachés à ces valeurs américaines.

Pacific Express bénéficie de moyens importants, adaptés aux dimensions de cette fresque épique. Le grand spectacle est au rendez-vous, le budget alloué au cinéaste a été utilisé à bon escient. Le réalisateur propose tour à tour des séquences d’action efficaces comme la bagarre dans le train après qu’un Indien a été pris pour cible comme un lapin, la traversée d’un pont enflammé, le déraillement du train et le siège par les Indiens qui s’ensuit, l’avancée du convoi ferroviaire à travers les montagnes enneigées, une trépidante poursuite à cheval.

Cette fresque historique efficace évacue cependant un peu trop facilement certaines vérités peu reluisantes comme le massacre des Indiens en cours de route pour pouvoir sécuriser le chantier.

Cecil B. DeMille a réalisé une grande partie du film en civière. Tombé malade, DeMille dut subir une intervention chirurgicale. Malgré tout, il continuera à diriger le tournage sur une civière pendant deux semaines. De nombreuses séquences seront confiées à Arthur Rosson et James Patrick Hogan. Le film fut un énorme succès ce qui conduira la Paramount Pictures à signer avec DeMille un contrat de quatre ans qui va lui laisser toute liberté artistique.

Les faits historiques

Les faits historiques narrés dans Pacific Express sont ceux de la construction entre 1860 et 1869 du premier chemin de fer transcontinental Est-Ouest aux Etats-Unis. Alors que la Central Pacific et ses travailleurs chinois s’avançaient de la Californie vers l’Est en franchissant les Montagnes Rocheuses, l’Union Pacific, surtout constituée d’ouvriers irlandais, démarrait son périple à partir du Mississippi pour aller à sa rencontre à travers les plaines.
Il fallut neuf années pour arriver à bout de ce chantier titanesque ; neuf années au parcours semé d’embûches durant lesquelles les deux compagnies luttèrent de vitesse car le gouvernement octroyait les crédits en fonction du kilométrage de voies posées.
La jonction eut lieu le 10 mai 1869 à Promontary Point dans l’Utah. Les derniers rails furent scellées à l’aide de clous d’or et d’argent ; les locomotives 119 et Jupiter purent alors symboliquement rouler jusqu’à se rejoindre sous les vivats de la foule en délire. Une date historique et une célèbre photographie déjà mise en mouvement par John Ford en 1924 (The Iron Horse) et que Cecil B. DeMille refera vivre pour clôturer son film. Pour les séquences "documentaires", le président de l’Union Pacific prêta au cinéaste les meilleurs poseurs de voie de sa compagnie ; leur virtuosité était telle que ces scènes les voyant travailler furent utilisées par le gouvernement à des fins militaires d’entrainement durant la Seconde Guerre mondiale.

Le Festival de Cannes 1939

Pacific Express figurait dans la sélection officielle, aux côtés du Magicien d’Oz, La Charrette fantôme, La Loi du nord ou Quatre Plumes blanches, de ce qui aurait dû être la première édition du Festival de Cannes, en 1939. Le Festival de Cannes avait été décidé en réaction contre l’ingérence fasciste dans la sélection des films aux Festivals de Berlin et de Venise, et avait reçu le soutien des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne. Le 1er septembre, jour de l’ouverture, les troupes allemandes pénètrent en Pologne, et le Festival est annulé. Le premier Festival de Cannes se déroulera en 1946.
La Palme d'or du Festival de Cannes de 1939 a été décernée rétroactivement à ce film en 2002, lors du 55e anniversaire du festival.