Passion ardente   (情炎, Joen) de Kijû Yoshida, film japonais , sorti en 1967

Oriko, 31 ans, souffre de la froideur qui règne dans son couple. Son mari, Takashi, se console de son côté avec d'autres femmes. À l'occasion d'une rencontre de poésie au temple de Kitakamakura, elle retrouve Nôtô, sculpteur et ancien amant de sa mère, aujourd'hui décédée. Enfant, elle a toujours considéré avec dégoût la vie dissolue que menait sa mère, jusqu'à avoir honte d'être du même sang. Mais elle se surprend à éprouver de la sympathie pour Nôtô.

Il lui rappelle qu'elle lui interdit autrefois de voir sa mère. Elle rompit pour partir avec un ouvrier du bâtiment. Elle but trop et se fit écraser par un camion. Oriko voudrait divorcer de son mari et n'hésite pas à se rendre dans le magasin de Kayo, la maîtresse de son mari, pour lui demander de l'appuyer dans cette voie. Mais Takashi refuse se sentant humilié par le dégoût qu'il inspire à sa femme.

Celle-ci est entraînée par Yuko, la sœur de son mari, à sortir avec de jeunes hommes. Sur la plage de Chigakasi, Yuko se donne à un homme qui la prend brutalement sous les yeux de Oriko. Celle-ci déclare l'agression à la police sans être soutenue par Yuko. Plus tard, c'est elle qui se donne à l'homme de la plage. Oriko veut revoir Noto mais il est parti jusqu'à la fin de l'été à Manazuru pour sa sculpture d'automne. Elle le rejoint en train.

Passion ardente poursuit l’idée d’une conquête identitaire féminine cependant que l’angoisse s’y distille insidieusement. Mariko Okada incarne une nouvelle fois une femme dans un couple désuni. Ici l’esthétique offre parfois des plans proches du surréalisme. L’homme est tout petit dans le paysage, Mariko Okada se dissipe en une silhouette fantomatique errant dans la forêt, ou dans la campagne.L’errance incertaine sur les chemins, dans des jeux sur la lumière de plus en plus élaborés, métaphorise le choix et l’incertitude de cette femme.

Construit en va et vient temporels passé/présent, Passion ardente met en scène une héroïne qui semble déplacée, presque anachronique par son attitude, sa pensée, son fonctionnement et ses habitudes vestimentaires bref, étrangère à son monde. Femme de l’ancien Japon, elle ne parvient pas à s’émanciper, mal à l’aise dans la modernité, les amis, les soirées de groupe, les marivaudages, et malheureuse, totalement inadaptée. L’adultère se présentera d’autant plus comme un acte de réaction et de transition dans sa vie. Bien que les rapports charnels soient tout d’abord identifiés par la jeune femme à de vrais moments de peur à travers l'aventure de sa belle sœur, la libération sexuelle est suivie chez elle d'un véritable envol vers l’individualité.

L’éveil d’Oriko procède d’une double rupture tout à la fois sexuelle et sociale. Celle qui à l’origine méprise « ceux d’en bas », se libère de toutes ses inhibitions codifiée. Un peu à la manière de Lady Chatterley et de son garde chasse,. la découverte du charnel constitue la libération d’une bourgeoise frustrée et qui s’ouvre à l’autre à travers la découverte du pulsionnel et du primitif. Aussi le premier « acte », lors d’une extraordinaire scène pleine de violence muette derrière une porte vitrée s’apparente quasiment à un viol. Se libérer, découvrir son vrai moi c’est également se marginaliser. Et Yoshida termine une nouvelle fois son film dans la question et l’attente.

Distribution

  • Mariko Okada : Oriko
  • Yoshie Minami : Mère d'Oriko
  • Tadahiko Sugano : Furuhata
  • Shigako Shimegi : sœur de Furuhata
  • Isao Kimura : Mitsuhuru
  • Etsushi Takahashi

Fiche technique

  • Titre original : 情炎, Joen
  • Titre français : Passion ardente ( ou encore Passion obstinée )
  • Réalisation : Kijû Yoshida
  • Scénario : Takeshi Tamura ; Yoshishige Yoshida
  • Producteur : Akira Oda
  • Musique originale : Sei Ikeno
  • Image : Mitsuji Kanau
  • Durée : 101 mn
  • Date de sortie : 13 mai 1967