L'Œuf de l'ange (Tenshi no tamago, ······ )

L'Œuf de l'ange (Tenshi no tamago, 天使のたまご ) film d'animation japonais de Mamoru Oshii sorti en 1985.

Le premier film important de Mamoru Oshii, peu connu en France. Il s'agit d'une œuvre à l'esprit existentialiste, habituel de son auteur.

  • Titre original : Tenshi no tamago, 天使のたまご
  • Réalisation et scénario : Mamoru Oshii
  • Scénarimage et direction artistique : Yoshitaka Amano
  • Graphisme : Shichiro Kobayashi
  • Musique originale : Yoshihiro Kanno
  • Bruitages : Kise Kazuyoshi
  • Production : Tokuma Shoten
  • Date de sortie : 25 décembre 1985 (Japon)
  • Durée : 71 minutes

Distribution sonore originale:

  • Mako Hyôdô ... La fille
  • Jinpachi Nezu ... Le garçon
  • Kei'ichi Noda ... Le narrateur

Critique

L'histoire se déroule dans un monde futuriste. Le soleil se lève sur des villes en ruines. Les hommes armés poursuivent d’étranges ombres de poissons archaïques dans les rues. Une arche perdue abrite un fossile d'ange, sanctuaire suranné, témoin passif d'une genèse légendaire. La petite fille protège un oeuf. Un jeune homme l'aborde, intrigué par ce qu'elle porte. Elle s'enfuit mais ne semble pas être en mesure de le distancer. Souhaite-t-elle seulement le semer?

Cette fable mise en animation sort des sentiers battus. À l'aube d'un second déluge, du à une catastophe nucléaire et prédisant l'arrivée d'une espèce supérieure à l'homme, une petite fille trouve un œuf qu'elle garde. Elle rencontre un jeune homme qui la suit, curieux de savoir ce que contient cet œuf.

Le peu de dialogue, les musiques quelques peu psychédéliques, des images assez sombres et l'obscurité de la pièce sont porteurs d'une sourde angoisse, liée à un sentiment religieux.

Les premières images montrent une main qui brise quelque chose. Le mouvement est accompagné d'un craquement sourd. Il s'agit des mains de Dieu qui brisent l'humanité, symbolisée par une invisible statue. Le garçon se remémore les paroles de la jeune fille, paroles qu'elle n'a pas encore prononcées. Il s'agit d'établir la notion de cycle. C'est aussi une façon pour le jeune homme de nous révéler son identité. " Je suis l'Alpha et l'Oméga, le premier et le dernier, le commencement et la fin "

Quand la jeune fille se réfugie sous la cape du jeune homme alors qu'elle refusait de le faire un court instant avant: " Et je me réfugie à l'ombre de tes ailes jusqu'à ce que soient passées les adversités " (Psaumes 57:1). En fait le garçon offre de la protection à la fille et non de l'affection.

Les harponneurs, qui effrayent la fillette, luttent contre Dieu, contre l'évolution. Ils ont une réaction très humaine. Une lutte vaine contre la dureté de leur existence, contre ceux qui les ont amenés dans un monde hostile. Ainsi, ils s'opposent à la progression de l'humanité, c'est pourquoi le second déluge a lieu, c'est pourquoi ils sont déjà morts. Pour renforcer cette image de rejet de l'évolution, il faut se rendre compte que ce sont des cœlacanthes (Latimeria maritima), fossiles vivants, dont l'espèce a survécu inchangée depuis des centaines de millions d'années, ou pour être plus correcte, ils nous renseignent encore sur le comment du passage du milieu aquatique à la terre ferme (ébauche de poumon, ébauche de membres).

La créatures fossilisée est un intermédiaire entre deux races maîtresses, les hommes et ce qui naîtra des œufs, tout comme le cœlacanthe est la transition entre ce qui vit dans l'eau et ce qui vit sur terre.. La jeune fille trouve l'œuf près de cet ange fossile. On peut dès lors penser que l'œuf appartenait donc à ce dernier.

La jeune fille est la dernière représentante de l'espèce humaine. Devenue une femme comme son image dans l'eau en témoigne, elle enfante les premiers membres d'une nouvelle race. Elle se pose des questions et interroge le garçon sur son identité. Il ne répondra jamais. Toutefois par ses actes, il se dévoile à maintes reprises. Ses 2 mains sont bandées, il s'agit donc tout simplement de Jésus Christ et c'est donc bien une croix qu'il porte sur son épaule et non une épée.

Certaines scènes du film laissent penser que le garçon comme la fille ne sont en fait que de vulgaires pions sur le " jeu " de Dieu lui-même. Par deux fois, le garçon ou la petite fille se retrouvent sur un sol en damier.