Au cœur de la nuit
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Au cœur de la nuit , film britannique de Alberto Cavalcanti, Charles Crichton, Basil Dearden et Robert Hamer, sorti en 1945
Analyse critique
Le film se compose de cinq récits, reliés entre eux par des scènes de liaison .
- Le « sketch de liaison » (Linking Narrative) réalisé par Basil Dearden, d'après une histoire d'E.F. Benson :
- Le film commence par l'arrivée de l'architecte Walter Craig (Johns) dans un cottage anglais sur l'invitation du propriétaire de celui-ci, Elliot Foley, qui souhaiterait faire des travaux d'aménagement. Plusieurs personnes se trouvent réunies dans la maison et Craig, en entrant, a l'étrange sensation de les avoir déjà vues ensemble dans un rêve récurrent mais dont il ne se souvient que de façon diffuse. Au grand étonnement des invités, il fait allusion à certains incidents avant même qu'ils ne surviennent dans la maison. Un psychanalyste, présent parmi les invités, reste sceptique. Quatre parmi les personnes présentes se mettent alors à tour de rôle à raconter une histoire étrange dont elles ont fait l'expérience ou dont on leur a parlé. Un cinquième récit sera raconté par le psychanalyste lui-même … (chaque séquence commence par un flash-back)
- Le Cocher de corbillard (Hearse Driver), réalisé par Basil Dearden, d'après une histoire d'E.F Benson :
Un pilote de course qui a de peu échappé à la mort après un accident survenu sur un circuit a une nuit la vision d'un corbillard. Cette vision va lui sauver une nouvelle fois la vie. - La Fête de Noël (Christmas Party), réalisé par Alberto Cavalcanti, d'après une histoire d'Angus MacPhail :
La jeune Sally O'Hara raconte à son tour une expérience surnaturelle qu'elle a vécue. Une fête d'enfants est organisée à l'occasion de Noël dans une demeure ancienne. Elle et Jimmy, un garçon plus âgé, sont chargés de la garde des enfants, mais ils commencent tous les deux à jouer à cache-cache dans les couloirs sans fin de la maison. Le garçon raconte que celle-ci est hantée par une femme qui tua jadis son frère. Les deux jeunes gens se chamaillent, c'est alors que la jeune fille se retrouve seule ; elle pénètre dans une chambre à coucher dans laquelle des sanglots se font entendre … (cette histoire fut originellement coupée lors de la sortie américaine du film) - Le Miroir hanté (The Haunted Mirror), réalisé par Robert Hamer, d'après une histoire de John Baines :
Joan offre à Peter Cortland, l'homme qu'elle s'apprête à épouser, un miroir ancien. Celui-ci est fixé au mur de la chambre à coucher mais, au bout d'un certain temps, Peter, quand il regarde dans le miroir, constate qu'il s'y voit dans une pièce qui est complètement différente de celle où il se trouve réellement. - La Partie de golf (Golfing Story), réalisé par Charles Crichton, d'après une histoire de H. G. Wells :
Deux amis, George et Larry, sont épris de la même femme et décident de faire de celle-ci l'enjeu d'une partie de golf et celui qui perdra devra disparaître. Le perdant est si désappointé qu'il part se noyer dans un étang. Son fantôme réapparaît bientôt… (histoire également supprimée lors de la sortie américaine) - Le Mannequin du ventriloque (The Ventriloquist's Dummy), réalisé par Alberto Cavalcanti, d'après une histoire de John Baines :
L'histoire de Maxwell Frere (Michael Redgrave), un ventriloque déséquilibré qui croit que sa poupée dénuée de morale est réellement vivante. - On revient alors à l'épisode de liaison, avec l'architecte et les autres invités, auquel est donnée une conclusion inattendue.
Au Coeur de la nuit avait tout du projet bancal. Film à sketches signé par quatre réalisateurs différents, film fantastique et horrifique venant d’un pays qui n’avait alors quasiment aucune tradition du genre, et qui voulait à tout prix se démarquer des productions américaines du genre, qui avaient alors beaucoup de succès. Par bonheur le film possède une complète unité, aussi bien esthétique que thématique, et ne se contente pas d’enchaîner les sketches de façon artificielle. Cet exploit est dû au récit qui sert de cadre à l’ensemble du film, et qui est réalisé par le grand Basil Dearden, qui sait, dès les premières minutes, implanter une ambiance de doute. Partant d’une situation banale, il donne les premiers coups qui font fissurer la réalité, de petits coups apparemment innocents qui permettront d’enchaîner sur les histoires.
Le dialogue permet d’enchaîner sur la première histoire, mais aussi de planter les personnages, dont l’habituel scientifique sceptique chargé de remettre en cause les conclusions surnaturelles des histoires. Et ainsi de suite : entre chaque histoire, nous reviendrons dans ce cottage avec ces invités, et ce récit progressera en instaurant cette atmosphère de plus en plus angoissante au fil des souvenirs de Craig et des réflexions nées des différentes histoires. Ainsi, ce récit n’a pas uniquement une fonction d’introduction des sketches, il est réellement l’histoire principale que les sketches font progresser jusqu’à un terrible final.
Parmi les explications possibles de cette incroyable unité du film, il y a l’ambiance de travail au studio Ealing, une ambiance plutôt collaborative et communautaire. En gros, les quatre réalisateurs du film n’ont pas travaillé chacun dans leur coin, il y avait une véritable collaboration, chaque sketch était élaboré de façon à instaurer une unité du film, tant sur le plan visuel que dans l’atmosphère.
A partir de ce récit principal vont se raconter cinq histoires fantastiques, courtes et percutantes, explorant différents aspects du surnaturel : rêve prémonitoire, apparition de fantômes, objets hantés ou semblant dotés de leur propre vie. Les histoires sont souvent sombres, et leur emplacement dans le film n’a rien d’anodin. Ainsi, on commence par un premier sketch rapide et angoissant, également réalisé par Basil Dearden. Un sketch qui, de façon très sobre et terriblement efficace, plante déjà le thème de la mort, qui sera un des thèmes majeurs repris dans les différentes histoires. Réalisé par Alberto Cavalcanti, le sketch du ventriloque est souvent pointé comme la plus grande réussite non seulement du film, mais aussi du réalisateur et même de l’acteur, le plus célèbre actuellement parmi tout le casting du film : Michael Redgrave, qui livre ici une performance hallucinée. Cette histoire, inventée pour le film, alors que d’autres sketches sont des adaptations, comme l’histoire du golf, provenant d’une nouvelle de H. G. Wells, sera imitée de nombreuses fois par la suite. Ce sketch du ventriloque est le plus sombre et brutal, celui qui reste le plus en mémoire, et sa situation en tant que dernier sketch est, là aussi, parfaitement réfléchie parce qu’elle permet d’enchaîner sur l’impressionnant final.
Distribution
- Le « sketch de liaison » :
- Mervyn Johns : Walter Craig
- Roland Culver : Eliot Foley
- Mary Merrall : Mrs Foley
- Le Cocher de corbillard :
- Anthony Baird : Hugh Grainger
- Judy Kelly : Joyce Grainger
- La Fête de Noël :
- Sally Ann Howes : Sally O'Hara
- Michael Allan : Jimmy Watson
- Le Miroir hanté :
- Googie Withers : Joan Cortland
- Ralph Michael : Peter Cortland
- La Partie de golf :
- Basil Radford : George Parratt
- Naunton Wayne : Larry Potter
- Peggy Bryan : Mary Lee
- Le Mannequin du ventriloque :
- Michael Redgrave : Maxwell Frere
- Hartley Power : Sylvester Kee
Fiche technique
- Film à sketches, noir et blanc
- Réalisation : Alberto Cavalcanti, Charles Crichton, Basil Dearden et Robert Hamer
- Scénario : John Baines et Angus MacPhail, dialogues additionnels de T.E.B. Clarke
- Images : Jack Parker, Stanley Pavey et Douglas Slocombe
- Musique : Georges Auric
- Production : Michael Balcon, Sidney Cole et John Croydon, pour les studios Ealing
- Montage : Charles Hasse
- Durée : 102 minutes
- Dates de sortie : septembre 1945 Royaume-Uni
- 8 mai 1946 France


