Faute d'amour

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Faute d'amour (Нелюбовь) film russe (et français) de Andreï Zviaguintsev, sorti en 2017

Analyse critique

Boris et Zhenya sont en train de divorcer. Ils se disputent sans cesse, font visiter leur appartement en vue de le vendre. Ils préparent déjà leur avenir respectif, Boris est en couple avec une jeune femme enceinte et Zhenya fréquente un homme aisé qui semble prêt à l’épouser. Aucun des deux ne semble avoir d’intérêt pour Aliocha, leur fils de 12 ans.

Après avoir cadré une cour d’école déserte, son fronton triste arborant le drapeau russe, et ses élèves surgissant du néant, la caméra de Zviaguintsev suit un enfant sur le chemin du retour, Aliocha. L’occasion de traverser avec lui un bois, frontière ou dernier bastion d’une nature encore sauvage. Un plan d’ensemble dévoile cet espace vierge cerné par l’industrialisation et les immeubles d’habitation, et renforce cette dynamique de fracture, tout en préparant le récit à venir. Car Aliocha sert à révéler un territoire oublié et à résorber une fracture, lui qui ramasse à côté des arbres couchés et mourants un ruban symbolisant une barrière, qu’il lance en l’air.

Le film se développe d’abord autour des parents, un couple de Saint-Petersbourg entamant une procédure de divorce. Le père et la mère ne souhaitent ni l’un ni l’autre avoir la garde d'Aliocha. Le film pénètre leur quotidien respectif, d’un côté le mari, un commercial tiraillé entre son emploi dans une société traditionaliste n’engageant que des salariés mariés et avec enfants, et sa nouvelle compagne enceinte ; de l’autre l’épouse, partagée entre ses selfies, Facebook, et son amant.

Aliocha, qui a entendu ses parents éluder par tous les moyens sa garde, a toutes les raisons de disparaître. Une recherche minutieuse est déléguée à une association spécialisée, après l’échec d’une police impuissante. La recherche d’Aliocha, avec la piscine abandonnée, ou encore non loin les radars datant de l’ère soviétique, conforte un regard cynique et pessimiste. Reste que le constat ne serait pas plus enjôleur ou presque s’il était question de représenter l'Europe de l'Ouest comme le font Michael Haneke ou Lars Von Trier.

Déjà Léviathan s’en prenait déjà au pouvoir politique autant qu’au peuple russe, Faute d’amour poursuit la critique sans aucune compassion. Ici, la société russe, malade, aliénée, et ses archétypes font office de principe fondateur. Symptôme de cette altération, le destin d’Aliocha, enfant mal aimé et délaissé, traduit l’absence de sentiments et d’amour qui semble avoir corrompu le pays.

La Russie de Faute d’Amour est à l’image de ces arbres qu’Andreï Zviaguintsev montre, notamment en amorce et en conclusion, déracinée. Parce que le pays, trop engoncé dans ses vieilles traditions, héritage orthodoxe d’une société qui a trop longtemps cru que la croissance supposait abnégation et fuite des sentiments, et incapable de prendre le virage de la modernité sans finir détraqué par ses attributs, smartphones, réseaux sociaux et nouvelles technologies, donne l’impression d’un corps qui se décompose.

Andreï Zviaguintsev avait déjà filmé une Russie dévasté par la corruption dans Léviathan. C’est presque pire, ici, tant il s’attaque à l’essentiel, cette âme russe dont il ne reste rien. Sinon ces êtres sans conscience dont la seule excuse est de reproduire la haine qu’ils ont reçue des générations précédentes : les mères, ici, sont des monstres à l’état pur, sans doute parce que les pères sont singulièrement absents. Durant de longues minutes, le cinéaste filme, avec un effroi visible, un face-à-face terrifiant entre la mère et la fille.

« Le cinéaste ne condamne pas tant ses personnages de parents murés dans leur indifférence et leur égoïsme qu’il ne dresse un constat moral terrible sur un monde radicalement matérialiste, déshumanisé jusqu’à l’horreur. L’inspiration de Zviaguintsev n’est pas confinée au domaine de l’étude psychologique. Il se révèle aussi grand cinéaste des espaces intimes et des paysages urbains, capable d’apporter une dimension picturale, organique ou mentale à des décors d’appartements ou de ruines. » Olivier Père, Arte, 20 mai 2017

Distribution

  • Mariana Spivak : Genia
  • Alexeï Rozin : Boris
  • Matveï Novikov : Aliocha
  • Marina Vasilieva : Masha
  • Andris Keišs : Anton
  • Alexeï Fateyev : coordinateur volontaire

Fiche technique

  • Titre original : Нелюбовь
  • Réalisation : Andreï Zviaguintsev
  • Scénario : Oleg Neguine
  • Photographie : Mikhaïl Kritchman
  • Montage : Anna Mass
  • Musique : Evgueni et Sacha Galperine
  • Sociétés de production : Non-Stop Production (Russie), Arte France Cinéma (France), Why Not Productions (France)
  • Durée : 128 minutes
  • Dates de sortie : 18 mai 2017 (Festival de Cannes 2017),
    • 20 septembre 2017 (sortie nationale France)
  • Distinctions : Prix du Jury au Festival de Cannes 2017
    • César 2018 du meilleur film étranger
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