Ghada Amer

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Ghada Amer, plasticienne contemporaine égyptienne, née en 1963 au Caire (Égypte).

Biographie et œuvre

Née au Caire en 1963, elle s'installe en 1989 à Nice dans l'école d'art, Villa Arson EPIAR. Puis en 1991, elle part pour Paris afin d'entrer dans l'Institut des Hautes Études en Art Plastique. En 1997 elle reçoit une subvention de la Fondation, le Pollock-Krasner. En 1999, elle a reçu le prix UNESCO à la Biennale de Venise. Elle vit et travaille à New York.

Ghada Amer coud sur des toiles des images provenant de diverses origines, y compris de magazines pornographiques, son procédé implique un changement visuel, ce qui semble être une masse de lignes abstraites avec des bouts de fils qui dépassent, dévoile peu à peu des personnages, affichés dans un motif répétitif. Le travail refuse de se plier aux éléments puritains de la culture occidentale et islamique.

Ghada Amer est une artiste partagée entre la France, les États-Unis et l'Egypte, elle délaisse la violence et la diffraction d'elle-même. Elle répond au défi de la féminité par un travail discret, patient, volontairement inscrit dans l'effacé, le pointillé, le minoritaire. La couture pour Ghada est la métaphore de ce processus d'identification, de cette fabrique point-à-point, patiente et délicate de soi. La féminité comme ouvrage féminin partagé entre deux cultures, deux modes de représentation d'elle-même, presque opposés. L'un occidental qui incite à la représentation et mise en scène de soi, l'autre au contraire qui condamne toute image.

Comment conjuguer ces deux impératifs contradictoires, d'un côté séquentiel et individualiste, de l'autre figé, familial et religieux ? Ghada refuse et l'un et l'autre, mais ne cherche pas non plus à les métisser et à la brasser. Elle refuse la peur et l'intimidation. Tout est léger, piqué, dentellisé dans ses images de femme qui semblent s'abandonner aux stéréotypes : la femme au foyer, la femme au caddie dans un supermarché, ou la femme rêveuse dans son intérieur bien clean face à l'écran télé, comme la femme mariée en photo dans le journal égyptien, célébrité éphémère et amertume, ou encore la femme objet sexuel pornographique démultipliée sous une chevelure de fil, l'autre face de l'identité comme un pull porté à l'envers.

Toute cette iconographie féminine cousue en fils de couleur à même la toile démêle une impression inquiète qui oscille entre déconvenue et nostalgie à l'égard du rêve d'émancipation représenté par le cinéma, les années 70, le temps de la mini-jupe et des premières pubs Dim. Et pourtant quelque chose d'autre s'y passe, au delà des nuages en forme de fleurs, au delà des motifs légers qui se sont posés un peu partout sur la photo des jeunes mariés égyptiens. Si elle utilise des clichés datés de la condition féminine, c'est pour s'en écarter, pour les reprendre, les repiquer. Elle fait mine de les respecter et opte pour une identification en pointillé.

Ghada se remémore ses rêves de gamine, de petite fille égyptienne fascinée par les histoires d'amour des romans feuilletons, par les baisers hollywoodiens des films égyptiens, par les images du confort moderne ou par la convention des photos de mariage, publiées par les amis dans la presse populaire. Tout se met en place autour de cette imagerie désuette, résolument hors mode, de l'émancipation féminine. Si l'artiste puise dans cette iconographie consumériste vaguement kitch, c'est qu'elle reste une construction opératoire, un mode d'identification qui informe encore largement l'identité féminine.

Cette délimitation du «genre» féminin, au sens américain de «gender». sur le territoire de l'intime et du domestique, du pornographique ou du sentimental, désormais amputé de tout futur, reste la trame de base que l'on retrouve dans les magazines féminine par exemple, organisés par séquences Mode - Beauté - Cuisine - Enfant -Sexualité - Nouveautés...

Les toiles brodées de Ghada Amer sont à lire comme des scènes de «genre», celles du «genre féminin» comme définition des rôles et fonctions assignés à la femme. Son travail, quoique éloigné de tout militantisme direct, rejoint l'approche d'artistes noires-américaines et procède par décodage des catégorisations féminin/masculin, au delà des questions d'identité raciale. Mais chez Ghada Amer, cette déconstruction ne s'opère pas selon une grammaire conceptuelle qui placerait l'artiste en position de supériorité analytique sur son objet, son inconscient, sa féminité, son langage. La couture, comme savoir-faire et tâche traditionnellement réservés aux femmes est justement la position minoritaire, le langage aphasique, maladroit et solitaire que Ghada se choisit pour défaire, découdre les modèles prédonnés comme le langage.

Ghada Amer déclare:
La séduction et le féminisme ne sont pas incompatibles. Ces toiles n'ont pas la prétention de dénoncer quelque chose, elles sont reflet de la société.

Expositions (sélection)

  • 1999 : Biennale de Venise, Italie
  • 2000 : Whitney biennal de New York, États-Unis
  • 2000 : Kwangju Biennial, Corée du Sud
  • 2001 : Musée Village Stuck, Munich, Allemagne
  • 2002 : De Appel fondation, Amsterdam, Hollande
  • 2003 : Museum of African Art, Long Island City
  • 2004 : Hayward Gallery, Londres
  • 2004-2007 : Africa Remix : Dusseldorf-Paris-Stockholm-Tokyo-Johannesburgh
  • 2004 : Moderna Museet, Stockholm, Sweden
  • 2005 : Biennale de Venise, Italie
  • 2006 : Biennale de Sydney, Australie
  • 2007 : Musée d'art contemporain de Rome, Italie
  • 2008 : Brooklyn Museum, New York, États-Unis
  • 2010 : Centre Pompidou à Paris, France

Galerie

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