Hans Bellmer

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Hans Bellmer, né le 1902 à Kattowitz (Silésie allemande) et mort le 23 février 1975 à Paris, peintre, photographe, graveur, dessinateur et sculpteur franco-allemand. Il est l'un des artistes majeurs du surréalisme.

Biographie et œuvre

À l'arrivée au pouvoir en Allemagne des nazis en 1933, Hans Bellmer décide ne plus rien faire qui puisse être utile à l'État nazi. Il est influencé dans le choix de la forme de son art par la lecture de lettres publiées d'Oskar Kokoschka (Der Fetish, 1925).

Il confectionne alors, en 1934, son œuvre la plus connue : La Poupée. C'est une sculpture représentant en taille quasi-réelle (1,40 m) une jeune fille multiforme, aux cheveux foncés, coupés en frange sur le front, ornés sur le haut de la tête par un grand nœud raide, seulement vêtue de chaussettes blanches et d'escarpins de vernis noir, une grande poupée composée de nombreux membres pouvant être articulés les uns aux autres par des boules, une grosse boule, le ventre, sur laquelle peuvent s'articuler encore deux bas-ventres, quatre hanches articulées aux quatre cuisses, celles-ci articulées aux quatre jambes, et un buste à plusieurs seins, la tête et le cou amovibles.

Hans Bellmer joue avec sa Poupée et multiplie les variations avec les différents éléments de son corps; tantôt, par exemple, amputée aux genoux, la tête, décapitée, posée en arrière des deux boules des hanches figurant un jeune arbre; ou, autre exemple, devenu monstre à quatre jambes, deux en haut, deux en bas, articulées à la boule centrale du ventre, mobile et suggérant la danse et la provocation du désir d'autrui, photographiée ici dans les bois, là sur un parquet, dans un grenier, vautrée tordue sur un matelas, deux jambes habillées d'un pantalon noir d'homme; ou à moitié démantelée, amputée d'une jambe, jetée dans un duvet, froissé par sa chute et son poids.

La Poupée est érotique, c'est une « créature artificielle aux multiples potentialités anatomiques », par laquelle Bellmer entend découvrir la « mécanique du désir » et démasquer « l'inconscient physique » qui nous gouverne; elle est enfantine, mais également victime de perversions sadiques; ainsi démembrée, violentée, violée, elle correspond au désir de l'artiste de voir la femme accéder « au niveau de sa vocation expérimentale ».

L'œuvre de Bellmer est qualifiée d'« art dégénéré » par les nazis.

La femme selon l'artiste serait comme une anagramme. L’anagramme est une possibilité offerte aux mots et aux images de donner naissance à d’autres mots et d’autres images en changeant simplement la place des éléments successifs qui les définissent. Il faut considérer ce qui jouxte la Poupée comme étant une partie de l’anagramme. La Poupée admet sa continuité dans l’environnement immédiat. La plante, le mur, la fenêtre, le lit, ne lui sont pas extérieurs, ils conditionnent le plus souvent son devenir, son prolongement, ils la nourrissent. Le paysage est un élément actif, poétique, mais aussi métaphorique quand il représente un schéma mental et enfin complémentaire lorsqu’il constitue un lien du type réseau avec l’élément central, La Poupée.

Ses photos étaient polychromes, Bellmer les coloriait de teintes changeantes sur la même photo, tantôt pastel, chair, rose pâle, rose plus soutenu, mauve, bleu clair, mais aussi de couleurs vives, rouge, jaune, bleu canard.

Les photographies de la poupée séduisent les surréalistes qui décident de les publier dans la revue "Minotaure". Il s'installe à Paris en 1938 et participe aux expositions surréalistes parisiennes. En plus des photographies, les gravures originales en taille-douce, comme les dessins dont elles sont issues sont dans des formats très réduits, de façon à ce que les courbes au burin ou à la pointe sèche puissent être réalisables par l’artiste. De plus les dimensions réduites offrent visuellement un rapprochement du motif central avec le reste de l’image. Ainsi le rapport claustrophobe qui s’instaure dans les images de Bellmer restreint la possibilité au motif de La Poupée par exemple de se libérer et d’être autonome. Le petit format de l’image sert de terrain favorable au sentiment d’inquiétante étrangeté car il rapproche spatialement le paysage de La Poupée. Bellmer choisit spécialement la taille des planches à graver ou des cahiers d’écoliers sur lesquels il dessine pour donner toutes ses chances à une promiscuité entre sa créature et les éléments qu’il ajoute à la composition. Un sentiment d’inquiétante étrangeté émane des photographies et des dessins qui renvoie au monde merveilleux de l’inconscient.

Au début de la Seconde guerre mondiale, il est arrêté en tant que ressortissant allemand, donc suspect aux yeux des autorités françaises. Il est emprisonné au Camp des Milles près d'Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), avec Max Ernst, Springer et Wols. Par la suite, Hans Bellmer se réfugie dans la clandestinité n'ayant pas eu la possibilité de s'exiler aux États-Unis. En 1949, il constitue la seconde Poupée, et publie les photographies dans un ouvrage intitulé les « Jeux de la poupée » accompagné d'un poème de Paul Éluard. L'ensemble de ces photographies sont peintes à l'aniline par son ami Christian d'Orgeix et lui-même.

L'œuvre de Bellmer, souvent associée par une dérive psychanalytique au vocabulaire de la perversion, reste une affirmation poétique du surréalisme dans ce qu'il a de plus pur. La relative proximité qu'entretiennent les photographies de la Poupée avec l'Unheimliche freudien place cette œuvre à la frontière entre l'érotisme et la mort, entre l'animé et l'inanimé. Le corps de la poupée, mais aussi les dessins et les gravures expriment des univers oniriques dans lesquels la conciliation des contraires est possible conformément au Manifeste du surréalisme de Breton. Bellmer illustrera aussi le Marquis de Sade, Georges Bataille, Lautréamont etc.

En 1957, Bellmer publie un texte-traité "Petite anatomie de l'inconscient physique ou petite anatomie de l'image" qui entend témoigner de sa démarche.

Galerie

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