La Chambre du fils

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La Chambre du fils , film italien de Nanni Moretti, sorti en 2001

Analyse critique

Giovanni est un médecin psychanalyste renommé dans la cité portuaire d'Ancône. Sa femme, Paola et lui mènent une existence paisible et heureuse avec leurs deux enfants en fin d'adolescence, Irene, l’aînée, et Andrea, le fils cadet : une vie ordinaire de travail, agrémentée par les repas familiaux, les loisirs et les sports. Le père s’enthousiasme pour les victoires de sa fille Irene au basket-ball et regrette le manque d'esprit de compétition de son fils au tennis. Un dimanche matin, alors que la famille prend son petit-déjeuner dans une atmosphère conviviale, Giovanni demande à Andrea de l'accompagner en jogging à travers la ville. Mais la sonnerie du téléphone retentit. Giovanni décroche, parle à un de ses patients qui veut le voir absolument. Il annonce l'abandon de son projet.

Commence un défilement d'images exprimant pour le spectateur de furtifs présages d'un danger ou d'un événement irrémédiable, car la musique qui débute annonce un drame inévitable. Andrea, qui n'est plus contraint de courir avec son père, part faire la séance de plongée sous-marine prévue avec son copain, une plongée fatale où, piégé dans une grotte sous-marine, Andrea ne parvient finalement à sortir qu'en abandonnant son équipement de respiration.

La cellule familiale se retrouve privée de l’un des siens, et tout s’effondre sous une routine accablante. Chaque membre se retrouve atomisé dans sa propre douleur, l’harmonie familiale se disloque. La mort d’un membre de la famille semble entraîner la déchéance de la vie de famille. Giovanni se retrouve muré dans sa culpabilité, car il pense que s’il ne s’était pas précipité pour rejoindre son patient un dimanche, Andrea et lui seraient partis courir ensemble et Andrea serait toujours en vie. La vie sentimentale du couple s’effondre. Le père devient incapable de poursuivre son métier de psychanalyste, il ne supporte plus d’écouter les autres se plaindre. Il met un terme provisoire à son activité non sans difficulté. En effet, en plus du fait de devoir ne plus exercer son métier, il doit supporter la réaction de ses patients, par exemple, quand l'un d'entre eux casse tout ce qu'il trouve dans le cabinet et devient agressif en apprenant la nouvelle.

Arianna, l'ancienne petite amie inconnue d’Andrea apparaît à l'improviste au cours d'une rapide visite d'amitié et de réconfort. Elle confie au père Giovanni, âme en peine étonnée de la voir, qu'elle désirait se recueillir un moment dans la chambre d'Andrea. La famille d'abord décontenancée l'accueille à bras ouvert.

Dans ce film, Nanni Moretti joue le rôle d’un psychanalyste lui-même perturbé. La mise en scène et le montage, très épurés, donnent à La Chambre du fils une certaine sobriété. La première partie du film montre la banalité du quotidien familial, des parents heureux, deux enfants. Le moment fatidique de la mort du fils est différé le plus loin possible, jusqu'au milieu exact du film.

La seconde partie approfondit son étude psychologique par rapport à ce deuil soudain : la famille qui était alors unie, s’émiette. Chacun se referme sur sa douleur et, à cause de cela, se retrouve isolé. Giovanni ne peut envisager un futur sans Andrea, des flash-back de moments passés avec son fils ne cessent de hanter son esprit. Les personnages n’arrivent pas à exprimer la douleur qui les ronge. En effet, Giovanni est tout d’abord incapable d’annoncer la mort de son fils à ses amis par téléphone.

Ne reculant pas devant les scènes incontournables comme la mise en bière, la réalisation de Moretti s'attache à des détails concrets qui font la différence. C'est bouleversant, mais sans pathos. Avec un incroyable sentiment d'harmonie et de fluidité. La façon dont le père arpente l'appartement, ouvre une à une les portes en quête d'espace, comme pour sortir de chez lui (ou de lui-même), possède une vertu apaisante, qui se confirme dans le mouvement final, magnifique symbole du travail de deuil.

Distribution

  • Nanni Moretti : Giovanni Sermonti
  • Laura Morante : Paola Sermonti
  • Jasmine Trinca : Irene Sermonti
  • Giuseppe Sanfelice : Andrea Sermonti
  • Sofia Vigliar : Arianna
  • Stefano Accorsi : Tommaso
  • Silvio Orlando : Oscar

Fiche technique

  • Titre original : La stanza del figlio
  • Réalisation : Nanni Moretti
  • Scénario : Nanni Moretti, Linda Ferri, Heidrun Schleef
  • Sociétés de production: Sacher Film, Bac Films, Studio Canal
  • Musique : Nicola Piovani
  • Photographie : Giuseppe Lanci
  • Montage : Esmeralda Calabria
  • Durée : 99 minutes
  • Dates de sortie : Italie , 9 mars 2001
    • France : 18 mai 2001 (Festival de Cannes)
  • Distinctions : Festival de Cannes 2001, Palme d'or et Prix FIPRESCI
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