Les Lumières de la ville

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Les Lumières de la ville (City Lights) film sonore (sans paroles) américain réalisé par Charlie Chaplin, sorti en 1931.

Analyse critique

Une foule est réunie sur une grande avenue du centre ville pour l'inauguration d'une statue monumentale dédiée à la paix et à la prospérité. Le maire, une citoyenne d'honneur, le sculpteur, se succèdent à la tribune, chacun allant de son discours de circonstance. Puis le voile se lève découvrant la statue au milieu de laquelle, parmi les poses hiératiques de personnages graves et solennels, un vagabond dort paisiblement. Chassé, il rencontre une jeune fleuriste des rues et attiré, il sacrifie sa dernière pièce. Il réalise alors qu’elle est aveugle et qu’elle le confond avec un homme riche. Il ne l’a contredit pas.

Le soir même, il sauve de la noyade un millionnaire suicidaire et ivre qui ne reconnaît et apprécie son sauveur q’en état d’ébriété. A jeun, il le fait chasser de sa demeure. Pour aider la jeune aveugle tombée malade et sans revenu, Charlot, tour à tour, sera boxeur, balayeur des rues. Sachant qu’une opération pourrait rendre la vue à son amie, Charlot convainc le millionnaire, sous l’emprise de l’alcool, de lui donner de l’argent. Celui-ci l’accuse de vol lorsque la police débarque, suite à une tentative de cambriolage ratée et dans laquelle Charlot a sauvé son ami qui ne le reconnaît plus. Emprisonné, il sort encore plus démuni et se retrouve face à face avec la jeune fleuriste, désormais voyante et propriétaire de son magasin.

La production du film s'étale sur trois ans, dont 534 jours de tournage. La scène au cours de laquelle la fleuriste aveugle prend le vagabond pour un homme riche a notamment nécessité rien de moins qu'un record de 324 prises, pour ne trouver sa version définitive qu'au dernier jour de tournage. La richesse n'étant pas a priori un état perceptible par d'autres sens que la vue, Chaplin a en effet dû déployer tous les ressorts de son talent de metteur en scène pour imaginer un concours de circonstances suffisamment crédible. Toute la séquence de boxe est inspirée du court métrage Charlot boxeur. L'attente dans le vestiaire durant laquelle le vagabond prend conscience de la violence des combats en voyant revenir les perdants inanimés et le combat lui-même, lorsqu'il tire parti de tous les moyens qui sont mis à sa disposition (l'arbitre, les cordes ...) pour éviter les coups de son adversaire, figurent déjà dans ce précédent film de Chaplin. La séquence est néanmoins enrichie de nouveaux gags ainsi que d'une intrigue et d'une mise en scène plus soignées.

Les Lumières de la ville est un long adieu que Charlie Chaplin fait au cinéma muet. Ce deux film sonore, sans dialogue, précèdent son premier film parlant, Le Dictateur. Chaplin nous donne à voir et à vivre l’expérience de l’amour aveugle, cruel et sacrificiel. Chaplin établit un programme d’amour total, absolu jusqu’à la méprise. Une méprise dédoublée : celle d’une jeune femme aveugle et celle d’un riche homme désœuvré qui tout deux se trompe sur l’objet de leur amour. Charlot deux fois aimé par méprise se trompe au final tout le temps : les lumières de la ville ne sont pas pour lui, la scène inaugurale du film nous l’a bien explicitée. La bourgeoisie en son maire arrache le toile blanche qui couvrait et réchauffait le vagabond installé sur la statue. Il n’est pas le bienvenu lors l’inauguration de la place, il fait tache sombre, et doit dégager le plancher.

Toute la suite du film sera ce récit d’un corps qui n’a pas sa place ou alors par défaut, par tromperie. On refuse de le voir et de l’accepter tel quel, de l’accepter, alors il se laissera devenir jouet docile entre les mains du millionnaire. De même, il abdiquera devant le fantasme de conte de fée de la jeune fleuriste aveugle, allant jusqu’à se laisser dévider de ses « viscères », lorsque tenant la pelote de laine, la jeune femme enroule non pas le fil de laine prévu, mais celui de son tricot de corps. Il ne fera rien pour la contredire, se déhanchant pour ne pas interrompre le mouvement continu de la jeune aveugle qui, méthodiquement, le dépouille. Le personnage, écartelé par le millionnaire comme par la jeune fleuriste, est au cœur du récit qui fait s’alterner le bas de l’échelle sociale à la sphère de la haute bourgeoisie.

Lors d’une après-midi festive chez le millionnaire, le vagabond en smoking avale par inadvertance un sifflet. Il hoquète malgré lui, secoué au bas de sa poitrine par ce haut-le-cœur sonore, au moment même où un distingué convive allait pousser sa chansonnette. Ce qui sort de sa gorge perturbe, dérange, ça siffle. Charlot émet des sons, et ceux-ci l’obligent à s’exclure de la haute société. Dehors sur le banc, il siffle, telle une mécanique infernale réglée sur mode répétitif où seul les chiens accourent auprès de lui.

Dès lors, reconnaître Charlot tel qu’en lui-même ressort non pas de l’ouïe, ni même de la vue, mais du tactile, de sa peau qui semble partir en lambeaux. Lorsque sorti de prison pour un vol qu’il n’a pas commis, il se retrouve devant la jeune fleuriste voyante (elle a retrouvé sa vue par son sacrifice). Séparé par la vitre du magasin de fleur qu’elle dirige, Charlot n’a plus sa canne, vestige d’une élégance qui l’équilibrait. Ses vêtements ne tiennent qu’à un fil, que ne manque pas d’arracher deux garnements, le détroussant de son fond de pantalon, cul meurtrie par ces sales gamins aux habits propres. Paniqué à l’idée qu’elle va le reconnaître, Charlot figé d’amour, va pour partir. Amusée et par pitié pour ce clochard admiratif, elle sort pour lui donner une pièce et une fleur, et lui prend sa main. Proche de lui, le regardant, elle reconnaît son sauveur par la peau. A ce moment précis le cinéaste a l’idée magnifique de demander à sa comédienne Virginia Cherril d’aveugler son regard, et ce qui est à voir doit passer par le flux charnel, par les mémoires sensorielles de sa main, de sa peau. Voici une manière plus ou moins hermétique de sauvegarder encore un peu le muet qui s’éteint irrémédiablement en avançant lentement de manière symbolique vers le nouveau concept du parlant.

Distribution

  • Charlie Chaplin : Le vagabond
  • Virginia Cherrill : La jeune fleuriste aveugle
  • Florence Lee : La grand-mère de la jeune fille
  • Harry Myers : Le millionnaire suicidaire
  • Allan Garcia: Le valet de chambre
  • Hank Mann : Le boxeur
  • Henry Bergman : Le maire et le voisin de la jeune aveugle
  • Victor Alexander : Le boxeur superstitieux
  • Albert Austin : Le balayeur et le cambrioleur
  • Joe Van Meter L'autre cambrioleur
  • James Donnely : le contremaître
  • T.S. Alexander : Le docteur
  • Eddie Baker : L'arbitre
  • Granville Redmond : Le sculpteur
  • Robert Parrish : Le jeune vendeur de journaux
  • Harry Ayers : Le policier

Fiche technique

  • Titre français : Les Lumières de la ville
  • Titre original : City Lights
  • Réalisation : Charlie Chaplin
  • Scénario : Charlie Chaplin
  • Production : United Artists
  • Musique : Charlie Chaplin, José Padilla Sánchez
  • Photographie : Rolland Totheroh
  • Montage : Charlie Chaplin
  • Pays d'origine : États-Unis
  • Format : Noir et blanc - muet -sonore
  • Durée : 86 minutes
  • Date de sortie : 30 janvier 1931 Los Angeles
  • Ce film fait partie des 100 meilleurs filmsdes Cahiers du Cinéma (liste publiée en 2007)


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