Louttre.B

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Marc-Antoine Bissière, dit louttre.B, peintre, sculpteur et graveur français, né le 15 juillet 1926 à Paris.

Biographie

Marc-Antoine Bissière, dit Louttre, naît le 15 juillet 1926 à Paris. Son père, le peintre Roger Bissière y enseigne à l'Académie Ranson, que devaient fréquenter, autour de 1935, Jean Le Moal, massier de son atelier de fresque, Alfred Manessier, le sculpteur Etienne Martin. Quittant Paris en 1938 Bissière s'installe à Boissiérettes, dans le Lot, où Louttre demeure jusqu'en 1949. Dès 1942 il commence à peindre, tandis qu'il travaille aux champs et débarde le bois. En février 1944 il expose, sous le nom d'Antoine Bissière, à la Galerie de France avec son père et ses amis, Bertholle, Jean Le Moal, Manessier, Gustave Singier, Étienne Martin.

Louttre entre en mai 1944 dans un maquis du Lot puis est incorporé.

À partir de 1945 Louttre travaille avec son père, Roger Bissière : J'avais vingt ans, nous peignions chaque jour dans le même atelier, dos à dos; et pendant deux ans, nous avons joué au ping-pong, lui avec son savoir, moi, avec l'inconscience de la jeunesse : il trouvait quelque chose, je le reprenais; il le reprenait à son tour. Ce furent deux années de partage. Je lui offrais ma candeur, il m'offrait son savoir

En 1949 Louttre s'installe à Paris, peintre en bâtiment jusqu'en 1955, se marie en 1954 avec Laure Latapie, fille du peintre Louis Latapie. La galerie Pierre Loeb présente ses peintures en 1957 et la galerie Jeanne Bucher en 1959 (préface de Jacques Lassaigne). Il expose parallèlement au Salon de mai puis au Salon des Réalités Nouvelles. En 1960 il commence à graver le linoleum et le bois en taille douce, en amicale complicité avec Marcel Fiorini. Il est en 1961 lauréat de la deuxième Biennale de Paris.

À partir de 1962 il se détourne de la non figuration et revient vivre à Boissiérettes jusqu'en 1967, signant désormais ses toiles louttre.B. De 1965 à 1967 il réalise une série de peintures au sable, technique à laquelle il reviendra plusieurs fois dans les décennies suivantes. Il est en 1966 lauréat de la cinquième Biennale de la gravure de Tokyo et en 1967 de la Triennale de Grenchen, en Suisse.

En 1970 la galerie Jeanne Bucher expose, préfacées par Gaétan Picon, les gravures pour le mur (2 mètres sur 3 mètres) que louttre.B a imprimées avec l'aide de Fiorini et de Paul Decottignies. "Il m'a semblé sans intérêt de faire de la gravure si je n'inventais pas une nouvelle technique; et si, cette technique, je ne la faisais pas évoluer au cours des années", dit-il : « La dimension aussi me semblait un moyen d'échapper au côté traditionnel de la gravure, de trouver une autre façon de graver. Il n'y a nul goût de record dans les méga-gravures que j'ai réalisées, seulement un désir de renouveau. »

Louttre.B, travaillant entre Paris et Boissiérettes, présente par la suite près d'une centaine d'expositions particulières de ses peintures et gravures à Paris (notamment à la galerie Fabien Boulakia entre 1979 et 1987, puis à la galerie Le Troisième Œil) et en province, mais aussi en Allemagne, au Danemark au Luxembourg, aux Pays-Bas, en Suède et en Suisse. Il réalise plusieurs livres entièrement gravés (Le Néon de la vie, 1967 ; Le Tarot des Familles, 1976 ; Les Douze Émois, 1980 ; Les Très Riches Heures, 1985 ; Pauvre Gaspard de Verlaine, 1995 ; Le Bogjo's Bohmp de Walter Léwino, 1995) et, à partir de 1966, des sculptures monumentales en ciment, principalement pour des bâtiments publics.

Le style de louttre.B

Autour de 1960 Louttre inverse sa démarche jusque là non-figurative en une active néo-figuration. À l'opposé du « paysagisme abstrait », les glissements les uns dans les autres des pans de couleurs font ainsi surgir de ses toiles d'inidentifiables « quasi-objets ». Les resserrements et ajustements réciproques des surfaces évoquent plus lisiblement dans les années suivantes les silhouettes des vivants et des choses. Ancêtres en Médaillons et Ravageuses de plage, flacons et coquetiers, machines à coudre, bouilloires, rocking-chairs, bicyclettes et brouettes défilent ou se rassemblent pour des voisinages insolites. En un climat agreste les rejoignent légumes, fleurs ou champignons, et bon nombre de passereaux, perdrix, hérons, étourneaux. Tandis que dominent en peinture les visions et les produits de la société industrielle, louttre.B offre à l’image populaire un avenir imprévu, réalise en 1974 Enseignes et pancartes, ainsi qu’un Tarot des familles. Dans des paysages composés en marge de tout réalisme, auxquels il donne régulièrement des titres où le calembour le dispute à l'à peu près, il mêle en 1979 les registres de l’espace dans la chronique de ses Coulheures.

Au long de cet inventaire du quotidien, à mesure que louttre.B déplace son attention des objets les plus proches vers les choses du dehors, la présence de l’Arbre se lève de plus en plus distinctement dans ses toiles pour en investir autour de 1980 la quasi totalité. En 1983 les multiples horizons que réunissent, comme hai-kaï plastiques, ses Pays-sages en répercutent en des espaces simultanés les échos. louttre.B introduit alors des photographies découpées dans des magazines, collées puis intégrées en les repeignant dans la composition du tableau. Puis apparaissent en 1986 dans ses Champs d'amour de larges bâtisses, fermes et granges, parmi la poussée tenace de la terre, le déferlement massif des forêts, la tectonique des campagnes. En une nouvelle mutation de sa peinture, collines et coteaux, naguère fragiles sous l'immensité des nuages, emportent les cadastres qui les contenaient, ruissellent puissamment jusqu’aux sommets de la toile. Une lumineuse rumeur terrestre monte dans les rafales de la Saison verte.

Lui succède de 1989 à 1992 celle des Sables qui, mêlés aux pigments, incitent la main à inscrire au plus vif ses traces, le regard à les réactiver. Verres, fleurs et fruits, figues ou citrons, gravitant sur la toile en toute liberté, exhalent du plus profond leurs murmures intimes. C’est alors que louttre.B en revient à la silhouette humaine. Quand les peintres, avec le cubisme, "ont voulu briser la figuration, ils se sont surtout attaqués aux paysages, aux objets, aux natures mortes. La figure humaine dans l’ensemble les intéressait moins. Or, après un demi-siècle d’abstraction, on se sent plus à l’aise en s’attaquant à la figure humaine dans la recherche d’une nouvelle figuration", déclarait-il en 1969. Nombreuses étaient alors les figures aux visages indistincts qui peuplaient ses toiles. Trente ans plus tard il en modifie les signes autour des robustes présences féminines qui parsèment les Pages de son Sable show, Reine ou Vénus, Ève ou passante anonyme tout droit sortie de Pompéi peut-être.

Tout au long de cet itinéraire louttre.B Déconstruit et reconstruit régulièrement son langage. "J’ai souvent essayé de nouvelles choses avec des matières neuves pour moi; chaque fois avec des balbutiements, des repentirs. Petit à petit, par l’acharnement, on arrive au meilleur de soi-même; et puis, on s’use; un jour on s’ennuie : là il faut laisser tomber, trouver une technique autre qui redonnera l’excitation, le désir de faire, et non plus de refaire. Il faut partir dans un autre voyage. J’ai passé ma vie dans de nouveaux voyages", confie-t-il . Autour de 1992 il en revient un moment à l’huile. Dans un monde plus aérien les formes se resserrent comme idéogrammes au milieu des plages de la couleur. Puis il retrouve l’acrylique et le sable. Les signes qu’il y sème interpellent de nouveaux êtres du monde ou reprennent en d’autres timbres ses thèmes familiers.

« J'ai peint à l'huile, à l'acrylique, à la colle, au sable : on ne peint pas avec du sable comme avec l'huile. Chaque matériau vous force à trouver d'autres gestes et à découvrir un nouveau plaisir de faire », dit encore louttre.B. Au long de ses Campagnes de l’an II (2001), dans le sillage nacré de l'Oiseau traversant le ciel frémissent des étendues ocres et rougeoyantes. Ajouré dans les griffures de ses branches ou calciné dans le trait du fusain, l’Arbre qui l’accompagne passe sous toutes les saisons de la couleur par toutes les essences. En d’incessantes métamorphoses se répondent les minces damiers des plumages et feuillages. Puis une visite de louttre.B au Musée de Cluny fait entrer, en un climat médiéval qu’avait déjà sporadiquement côtoyé son travail, la Dame à la licorne dans une série de toiles développée en 2002. Voilée dans sa stature sculpturale par le flux des plis ou les empreintes de dentelles dont il la vêt, sa silhouette conjugue, sous le tourbillon des oriflammes, la vivacité des bleus, des ocres et des roses avec celles de la tente qui l’abrite, de la licorne qui l’accompagne.

Caractéristique de la peinture de louttre.B est ainsi son renouvellement, à travers l'interrogation qu'elle poursuit de son langage, de ses moyens, de ses pouvoirs. Chacune de ses étapes en extrait les signes possibles, instables, qui seraient susceptibles dans leur variété, dans la variation qu’il en opère, l’interaction qu’exercent leurs rencontres, de révéler des êtres du réel et de l'imaginaire, toujours aisément identifiables, une présence jusqu'alors inconnue. Par une recréation continue, une constante récréation, c’est à l’instant où les traces, du trait ou du geste, se refermant sur leur réalité propre, commencent de mener en elles hors d’elles-mêmes, de réfracter en une approche neuve l’Arbre et l’Oiseau, les collines et les coteaux, qu'il suspend formes et couleurs, pour les donner à éprouver dans leurs qualités tout à la fois visuelles et tactiles. Dans ma peinture, dit louttre.B, « il y a une grande banalité, et une volonté de ne pas déranger l’ordre mental du spectateur en lui offrant une image parfaitement acceptable. Je désire qu’il appréhende les éléments figurés, qu’il les reconnaisse, et que cette perception soit une fenêtre sur sa délectation »

En 2009, vingt-et-un tableaux de Louttre.B inspirent des textes poétiques à Annie Briet dans La Chair des Jours", SOC & FOC éditeur.

Déclarations

Le sujet ? Il importe peu. C'est un support. Le fil est étroit entre figuration et non-figuration. J'ai choisi une représentation allusive : c'est la seule voie où je me trouve heureux, et puis peu importe ce que l'on peint, il n'y a que la manière de peindre qui compte. Le paysage m'a été longtemps porteur : je suis et je resterai un homme de la terre. Toute mon enfance, mes souvenirs sont attachés à ces paysages du Quercy. Les objets simples et amicaux de la vie quotidienne m'inspirent plus que le visage humain.

La gratuité d'une œuvre est aussi quelque chose qui me tient à cœur. J'aime les travaux immobiles que j'ai réalisés à Boissiérettes ; ils ne sont ni négociables ni déplaçables, seulement conçus pour ce lieu. Les tableaux, eux, ont leur vie propre ; ils sont négociables, même si le but n'est pas là. Ils voyageront ! Mes sculptures en béton sont accrochées au rocher.

J'ai fait bien des choses : des sculptures géantes, des gravures de toutes dimensions, des vitraux, des tapisseries, et des choses plus humbles, mais tout ce que j'ai fait n'a eu que la peinture pour point de départ et me ramène toujours à la peinture. Je ne vis que pour cet instant fugitif de bonheur, ce moment aussi court qu'une étincelle où on ne sent vivre.

Voir aussi

Galerie

Fichier:Louttre87.jpg

Lithographie, 1987

Fichier:Louttrebois.jpg

Gravure sur bois

Fichier:Louttre91.jpg

Lithographie, 1991

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