Motforestilling

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Motforestilling, (Objection), long métrage documentaire de Erik Lochen, sorti en 1972.

Analyse critique

Quel rôle joue l'homme de la rue en politique? En est-il un acteur à part entière ou en est-il exclu? En 120 plans, qui pourraient être montés dans n’importe quel ordre chronologique, Erik Løchen signe une œuvre moderniste et poétique, un manifeste passionnant de l’art cinématographique.

« Au cours d’une séquence, tous les préjugés du journaliste sur la nature des films et leur fabrication sont contredits par le réalisateur obstiné. Finalement, le journaliste s'exclame: "ça ne rendra personne plus intelligent". Le réalisateur s'arrête sur le dernier mot : "Pas vraiment, non, mais peut-être un peu plus embrouillé? Ça, ça peut être utile.” »

Une fois le film vu en entier, chacun s’ingénie à remettre de l’ordre dans ses pensées, à retrouver une cohérence qui lui aurait échappée, un sens caché qui ne se serait pas offert à lui de prime abord. En vain. Le titre du long métrage, « Objection » en français et au singulier, souligne en réalité une triple objection visant la politique, la presse et le film conventionnel. La critique politique jouit cependant d’un traitement de faveur par rapport aux deux autres, grâce à une ironie intelligente. La tendance est à la simplification du problème, en témoignent ces étudiants, d’une naïveté ridicule, qui font une étude sur la corrélation entre la foi en Dieu et croire en l’OTAN.

L’originalité du long métrage repose sur le fait qu’il contient seulement 120 plans qui pourraient être montés dans n’importe quel ordre chronologique, ce qui ôte par ailleurs toute dramaturgie. Toutefois, le caractère circulaire n’est pas la seule pierre de touche. Motforestilling relève d’un double pari expérimental à la fois périlleux et audacieux dans la mesure où il est également une mise en abyme du tournage d’un autre film. En ce sens, ce méta-film, est un méta-commentaire sur le cinéma, qui annonce déjà La Nuit américaine de François Truffaut, et fonctionne à plusieurs niveaux.

Dans ce film, aucun des personnages n’a de nom. La performance cinématographique relève paradoxalement de l’anti-performance. Løchen brise non seulement toutes les conventions du récit cinématographique classique mais pose également les jalons de principes modernistes qui exigent, en tout premier lieu, une position plus active du spectateur.

Quelques scènes se détachent du long métrage avec justesse et pertinence, à l’instar de celle où l’on peut voir le réalisateur distiller quelques conseils à son public sur la façon de voir un film. Ouvrir au spectateur le champ des possibilités du cinéma dont l'horizon est infini. Le faire réfléchir sur ce qu’il voit. L’innovation cinématographique de Motforestilling apparaît comme un matériau que l’audience doit reconstituer. Il incombe aux spectateurs, non plus de chercher le sens caché qu'ils n'ont toujours pas décelé, comme dans la plupart des films "intellectuels", mais de recréer du Sens en dehors de la sphère du film. Poétique et résolument moderne, Erik Løchen signe avec Motforestilling un véritable manifeste pour une nouvelle langue cinématographique.

Fiche technique

  • Titre : Motforestilling (traduction : Objection)
  • Scénario et réalisation : Erik Løchen
  • Image : Knut Gløersen
  • Directeur de production : Jan Erik Düring
  • Durée : 97 mn
  • Date de sortie : 9 novembre 1972


Retrouvez tous les détails techniques sur la fiche IMDB

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