Neo-Dadaism Organizers

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Le groupe Neo-Dadaism Organizers (ou plus simplement Neo-Dada Organizers) est un mouvement artistique apparu au Japon en 1960.

Histoire

En 1960, le comportement informel et destructeur de Gutaifut repris par de jeunes artistes de Tôkyô. Comme aux États-Unis ou en Europe, ceux-ci se rebellèrent aussi contre l’hégémonie de l’art abstrait. Les journalistes appelèrent cette tendance « hangeijutsu » (« anti-art »). Ils se nommérent les Neo-Dada Organizers. Ils travaillaient un art du rebut, un art de happening et d’anarchie.

Les Neo-Dada Organizers se réunissaient dans l’atelier Masunobu Yoshimura, connu sous le nom de « White House ». Là, ils rédigeaient des tracts, allaient manifester dans la rue et travaillaient en vue des Indépendants Yomiuri. Deux manifestes furent publiés. Le second, en juillet 1960, évoquait : « Pourri dans la déchéance d’un esthétisme à tout crin, l’art contemporain n’a cessé de s’enivrer de ce nectar, ce qui est devenu possible grâce à la solidarité et le compromis avec la société. Dans ces miasmes putrides d’eau stagnante, nos démonstrations constituent la brèche ouverte dans cette réalité »

Neo-Dada Organizers, fondé en mars 1960, comprenait Ushio Shinohara, Masunobu Yoshimura, Genpei Akasegawa, Shôsaku Kazakura,Sôroku Toyoshima, Shintarô Tanaka, Santarô Tanabe, Tatsumi Yoshino et Shûsaku Arakawa. D'autres artistes, Tetsumi Kudô, Shin Kurihara et Tomio Miki, ne firent pas partie du groupe mais restaient très proches des tendances « anti-art » du Neo-Dada Organizers. Shinohara en fut le chef de file. Affublé d’une coupe à l’iroquoise, il interpellait les media pour présenter des « actions ». Les journaux offraient de nouvelles possibilités de communication et le groupe remettait en question la société, par un état de désenchantement, comme le soulignait Yôko Ono en 1962 : « Imprégnés que nous sommes aujourd’hui, jusqu’à la moelle, du mensonge qu’est cette conscience, nous ne pourrons même pas devenir des êtres contingents tant que nous continuerons à nous fier nonchalamment au hasard. Bien au contraire : je me demande si ce ne sont pas justement les règles les plus artificielles qui permettent à l’homme d’échapper à l’emprise de la conscience de soi. On a l’impression que ce monde devient réel, greffé sur les hasards nés entre les forces de destruction. » (Yôko Ono, « Kyokôsha no gen » [Parole de fictionniste], 1962).

Ils refusaient une culture fondée sur le consensus social et il voulaient atteindre plus intensément le réel. Le traumatisme de la bombe était encore dans les esprits, avec la signature du traité de Sécurité nippo-américain, au mois de juin 1960. Ce traité bouleversa l’idée d’une avant-garde associant art et politique. Shûsaku Arakawa lança ainsi une brique sur la police lors d’une manifestation et le rassemblement tourna à l’émeute. Le groupe néo-dada défila dans les rues en criant : « anpo hantai » (« à bas le traité de sécurité ! »), les corps couverts de tracts. Et les activités artistiques évoluaient alors selon le questionnement de Yasanuo Tone : « L’art peut-il être pensée ? » Pour ces artistes, il fallait donc dépasser le cadre de l’expression plastique et, pour la première fois, créer un « champ culturel total ».

Quelques exemples de manifestations

Masunobu Yoshimura fait alors une installation faite de centaines de bouteilles de whisky ; Tetsumi Kudô présente Zôshokusei panchi hannô (« Réaction proliférante punch»), cadre de fer couvert de ficelle ; Ushio Shinohara crée Sekaisaidai no jigazô (« Le Plus Grand Autoportrait peint »), tissu de dix mètres couvert de pigments ; Suna no utsuwa (« Récipient de sable »), objet en ciment avec des empreintes de flèches, etc. Toutes ces œuvres témoignaient de l’anarchie ambiante, largement provoquée par l’explosion de la bombe atomique, qui ruina tous les espoirs de la société d’avant-guerre et de son système de valeur traditionnel. Ces artistes étaient trop jeunes pour avoir été confrontés à cette tragédie, mais les décombres, les corps putrides et l’état de vacuité absolue devinrent le fondement de leur art.

Les installations de Tetsumi Kudô évoquaient parfaitement cet état d’esprit : Philosophie de l’impuissance (1960, 1961) ou les objets Réaction en chaîne proliférante dans un corps élémentaire en X (1960) et Réaction en chaîne proliférante (1957-58). La Philosophie de l’impuissance comportait des gestes sado-masochistes, qui visaient à agresser la « bonne conscience » bourgeoise. Et, en France en 1962, il participa à L’esprit de catastrophe, happening organisé par Jean-Jacques Lebel, où il joua le rôle du grand prêtre du sexe, ficelé, étreignant un phallus géant et « universel ». Pour lui, l’esprit des cérémonies s’appuyait sur le « harakiri de l’humanisme ».

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Happening avril 1960 des Néo-Dada Organisers dans une rue de Ginza à Tokyo.
Masunobu Yoshimura au centre, en blanc.

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Happening septembre 1960 des Néo-Dada Organisers dans le parc Hibiya;
de gauche à droite Masunobu Yoshihara, Ushio Shinohara, Tatsumi Yoshino


Quelques œuvres

Fichier:Akasegawa2.jpg

Aimaina Umi 12, collage de Genpei Akasegawa

Fichier:Shinohara3.jpg

Installation tirée du Boxing Art de Ushio Shinohara

Fichier:Arakawa64.jpg

Tubes de Shûsaku Arakawa

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