Scarface

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Scarface, film américain réalisé par Howard Hawks et sorti en 1932.

Analyse critique

Scarface, le balafré en anglais, était le surnom d'Al Capone. L'action se situe donc à Chicago. Tony Camonte, transposition de Capone, dit Scarface, garde du corps du gangster Big Louie Costillo, assassine son patron resté seul dans un bar. La police l'arrête, ainsi que son acolyte Guido Rinaldo. Ils sont bientôt relâchés faute de preuves. Camonte reçoit sa récompense de son nouveau boss, Johnny Lovo, et devient son lieutenant. Lovo lui recommande de ne pas aller piétiner les plates bandes de ceux qui règnent sur la zone nord de la ville. Rentrant chez lui, Camonte hurle contre sa sœur qu'il a vu embrasse un homme. Il fait preuve à son égard d'une jalousie tout à fait pathologique.

Lovo et Camonte se rendent dans une salle de billard où ils prennent la tête des équipes de feu Costillo. Camonte met K.-O. un truand qui rechignait conter la nouvelle direction. Dans plusieurs bars, Scarface, Rinaldo et Angelo, le secrétaire à tout faire de Scarface, usent de violence pour persuader les patrons d'acheter leur bière chez le fournisseur de Lovo. Ils font un raid pour éliminer Meehan, un des rivaux de Lovo. Meehan survit à ses blessures mais Scarface va l'achever dans son lit d'hôpital. Lovo, effrayé par l'audace de Scarface, lui reproche d'avoir sévit dans le nord et de s'en être pris à O'Hara. La riposte ne tarde pas à arriver. D'une voiture, un cadavre est jeté à la chaussée à l'intention de Lovo et de Scarface. Il s'agit de l'un de leurs hommes. On a accroché sur lui un morceau de papier où il est inscrit : "Ne touchez pas à la zone nord".

Alors que Scarface déjeune avec Poppy, le restaurent est mitraillé. Rinaldo saisit sur le cadavre d'un des attaquants une des mitraillettes de Gaffney. Angelo lui n'a été conscient de rien, sauf du bruit qui pendant l'attaque l'a empêché de comprendre son interlocuteur au téléphone. De retour dans son QG dévasté par un autre commando de Gaffney, Scarface est accusé par Lovo de se faire beaucoup trop d'ennemis. Mais celui-ci tout à sa joie d'essayer sa nouvelle mitraillette, n'a nulle intention de s'arrêter en si bon chemin. La guerre des gangs est maintenant à son comble. C'est alors qu'à lieu le massacre de la saint Valentin où sept gangsters sont exécutés par de faux policiers dans un garage. Gaffney qui a échappé par miracle à la mort, est arrêté par la police. En haut lieu on juge dangereuse la mythification de gangsters que la presse encourage et on prévoit des mesures pour y mettre fin. Scarface, Rinaldo et Angelo assistent à la représentation de "Rain". Puis ils vont massacrer Gaffney dans un bowling. A son grand désespoir Angelo avait dû rester voir la fin de la pièce pour la raconter aux deux autres.

Au dancing Paradise, Scarface s'en prend au cavalier de sa sœur Cesca. Il la reconduit de force à la maison et la gifle violemment. Il monte dans sa voiture et est pris en chasse par des poursuivants armés de mitraillettes. Les deux voitures tombent dans un chantier. Scarface sort indemne de son véhicule et contacte Rinaldo. Tous deux vont chez Lovo ; ils lui tendent un piège pour savoir si c'est lui qui a lancé ses hommes sur Scarface. En ayant acquis la certitude Scarface fait signe à Rinaldo de supprimer Lovo. Scarface, au sommet de sa puissance s'absente un mois en Floride. A son retour, sa mère lui dit que Cesca vit avec un homme.

Il se rend chez elle et la trouve en train de chanter et de jouer du piano avec Rinaldo qu'il abat aussitôt "Je l'aimais, s'écrie Cesca, nous nous étions mariés hier !" Elle ajoute : "Tu ne m'aimes pas comme un frère". La police décidée à agir, cerne le bâtiment où se trouve l'appartement de Scarface. Angelo est abattu. puis c'est au tour de Cesca. Scarface est affolé à l'idée de la perdre. Elle le traite de lâche en mourant. Effectivement, il supplie les policiers de lui donner une chance, puis, il essaie de fuir, il est abattu comme un chien sur le trottoir.

En 1931, date du tournage de Scarface, plus de 50 films de gangsters sont mis en chantier par les studios hollywoodiens. Juste après la grande dépression de 1929 et en pleine prohibition (1919-1933), la figure du gangster est magnifiée par la presse et de nombreux spectateurs la perçoivent comme une alternative possible à leur vie terne et miséreuse. Certes, les metteurs en scène prennent en général grand soin de décrire les gangsters comme des psychopathes mais Scarface décrit dans les neuf dixièmes de son récit l'ascencion d'un Caïd aussi décidé et téméraire que dépourvue de scrupules.

Scarface, dont le personnage principal est calqué sur Al Capone eut beaucoup d'ennuis avec la censure. Hawks a été contraint de concevoir trois fins. La première, interdite, montrait Scarface abattu par une bande rivale, fin réaliste et moderne mais qui avait l'inconvénient de montrer l'impuissance de la police). La deuxième, où Scarface après avoir supplié les policiers de lui donner une chance puis, essayant de fuir, est abattu comme un chien sur le trottoir, est celle que nous connaissons. Dans la troisième, distribuée dans certains pays comme le Brésil, Scarface est jugé par un tribunal où il est qualifié de honte de la nation, expression qui servit d'abord de sous titre au film avant d'être abandonnée. Il est ensuite traîné à la potence.

Le film a lancé un véritable débat sur l'immoralité des films de gangsters. Il est vrai que la question est d'autant plus problématique que Hawks se pose d'emblée en dénonciateur de cette violence quotidienne due à la pègre en ces années de Prohibition. Pourtant, en se centrant sur le personnage grandement charismatique de Tony, le film se révèle ambigu dans sa démarche. Le message officiel ne maquille-t-il pas une fascination pour ce monde de malfrats magnifiques, ce qui justifierait la magnificence de la mise en scène ? François Truffaut est admiratif du plan de la mort de Boris Karloff dans ce film qu'il qualifie de "plus beau du cinéma". Tandis que le personnage lance une boule de bowling, il se fait tirer dessus mais la caméra suit le lancé de la boule et filme le vacillement de la quille qu'elle frappe, langoureux mais brutal. Une magnifique manière de figurer la banalité de cet assassinat, simple coup isolé au sein d'une vaste boucherie dont procède l'ascension d'un seul homme.

Même dans un film où les scènes d'action prennent une place majeure, Hawks reste fidèle au mélange des tons, (sérieux/comique, action/pause, drame personnel/drame social) qui reste la marque élégante et aristocratique de toutes ses œuvres. Le film est souvent assez drôle notamment grâce au personnage d'Angelo que Scarface se choisit comme secrétaire. Handicapé par son analphabétisme, celui-ci se présente comme le "sectaire" de Scarface, est incapable de se servir d'un téléphone, il ira presque jusqu'à tirer sur l'appareil puis, prenant son métier à cœur, restera indifférent aux balles qui sifflent autour de lui pour tenter de comprendre qui lui parle et sera désespéré de devoir rester regarder une pièce de théâtre pour la raconter à son patron soudain pris par de goûts bourgeois, mais appelé pour un meurtre urgent. Le film inclut même des pauses sentimentales, entre Scarface et Poppy ou Cesca et Rinaldo.

Le film demeure exceptionnel par la mise en scène des déchaînements de violence. Le premier plan du film est l'un des plus fabuleux plan-séquences (plus de 3 minutes) de l'histoire du cinéma. Amorcé sur un lampadaire et poursuivi sur la droite par le départ d'un livreur au petit matin avec le patron du speak-easy qui rentre son enseigne puis balaie les cotillons de la fête pour trouver un soutien-gorge oublié. La caméra décadre ensuite vers la droite pour saisir la conversation entre Big Louis et ses deux acolytes qui ne tardent pas à s'en aller. Big louis se dirige alors vers la cabine téléphonique alors que dans le fond du champ on voit une silhouette ouvrir une porte, la caméra décadre à nouveau vers la droite pour saisir en plan moyen l'ombre chinoise qui passe derrière un paravent et que l'on voit armer son tir contre big Louis, rebroussant dorénavant son chemin vers la gauche, la caméra cadre Big Louis, abattu à terre, découvert par le gérant du café qui s'enfuit vers la gauche.

Comme une réponse anticipée à tous les films de gangsters, grand spectacle, de plus de 2 heures, qui suivront, le réalisateur développe un récit dense et puissant qui ne perd jamais de vue le fil conducteur, l'ascension du héros puis sa déchéance, tout en nous livrant un spectacle d'une grande richesse, le tout en 93 minutes.

Distribution

  • Paul Muni : Antonio 'Tony' Camonte
  • Ann Dvorak : Francesca 'Cesca' Camonte
  • Karen Morley : Poppy
  • Osgood Perkins : John 'Johnny' Lava
  • C. Henry Gordon]] : Inspecteur Ben Guarino
  • George Raft : Guino Rinaldo
  • Vince Barnett : Angelo
  • Boris Karloff : Gaffney
  • Purnell Pratt : Mr. Garston
  • Tully Marshall : l'éditeur
  • Inez Palange : Mrs. Camonte
  • Edwin Maxwell : le chef des détectives
  • Henry Armetta : Pietro
  • Paul Fix
  • Francis Ford
  • Jean Harlow
  • Hank Mann
  • Dennis O'Keefe

Fiche technique

  • Titre original : Scarface
  • Réalisation : Howard Hawks
  • Scénario : Ben Hecht, Seton I. Miller, John Lee Mahin, William R. Burnett, Fred Pasley, d'après le roman homonyme de Armitage Trail
  • Production : Howard Hughes et Howard Hawks
  • Photographie : Lee Garmes, L. William O'Connell
  • Musique : Adolph Tandler, Gustav Arnheim
  • Montage : Edward Curtiss
  • Durée : 93 minutes
  • Noir et blanc.
  • Dates de sortie : 31 mars 1932 (première)
    • France : 17 février 1933
  • Extraits vidéo sur Youtube
  • Ce film fait partie des 100 meilleurs filmsdes Cahiers du Cinéma (liste publiée en 2007)


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