Shame

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Shame film britannique et australien de Steve McQueen sorti en 2011

Analyse critique

Steve McQueen frappe un grand coup, dès les premières minutes du film à base de plans fixes, suivant les allers et venues de Brandon. Nudité frontale, scènes crues, parfois à la limite du supportable, le réalisateur ne recule devant rien, mais ne sombre jamais dans le voyeurisme. Michael Fassbender montre son incroyable talent et Carey Mulligan n'est pas en reste avec une interprétation très juste de Sissy, une artiste écorchée vive.

Brandon, séduisant trentenaire, est un célibataire qui travaille beaucoup. Mais sa vie est envahie par une obsession, le sexe. Il est sans arrêt en besoin de sexe, au-delà du plaisir, de façon irrépressible. Brandon cumule les relations d'un soir, fait appel à des prostituées, se masturbe sous la douche comme au travail, s'abreuve de films X dès qu'il peut. Son comportement extérieur n'est pourtant ni excentrique ou extraverti, contrairement à celui de son supérieur mais néanmoins ami David, ouvertement dragueur et lourd, mais qui a pourtant une vie de famille.

Un soir, après une soirée entre collègues où il séduit une femme, il retrouve dans son appartement sa sœur Sissy, chanteuse excentrique et fragile. Celle-ci est en pleine crise avec son compagnon, qui est en train de la lacher et s'invite le temps de donner quelques concerts. Sissy n'est ni pudique, ni timide. Venu l'écouter lors de son premier concert avec David, celui-ci réussit à la séduire ce qui contrarie Brandon. Lorsqu'ils reviennent à l'appartement tous ensemble, Sissy et David font l'amour dans la chambre de Brandon. Il préfère sortir courir pour se changer les idées.

Le lendemain au travail, David le mettra très mal à l'aise en lui annonçant que les techniciens de leur boîte ont trouvé sur son disque dur, énormément de contenus pornographiques dont Brandon niera toute connaissance. David, crédule, mettra cela sur le compte d'un piratage de compte informatique. Une collègue, Marianne, qui l'attire beaucoup depuis un moment, accepte de dîner avec lui. Au cours de ce dîner il annoncera d'ailleurs son aversion pour la vie de couple, son cynisme même vis-à-vis des relations alors que Marianne, récemment divorcée, lui donnera son point de vue sur l'engagement. Ce rendez-vous se soldera très courtoisement, sans même un baiser.

Lorsque Sissy découvre une femme à moitié nue sur la Webcam de l'ordinateur de Brandon, demandant après lui, elle décide de partir. C'est un électrochoc pour Brandon qui se débarrasse alors de tous les objets et magazines pornographiques, dont regorge son appartement, ainsi que de son ordinateur. La honte de son addiction l'envahit. Le lendemain au bureau, Brandon entraîne Marianne dans un coin et l'embrasse puis, l'emmène dans un hôtel où ils commencent à faire l'amour. Mais devant sa douceur et sa "normalité", Brandon s'interrompt et se replie sur lui-même, préférant que Marianne le laisse seul. Brandon n'a pas « assuré » cette fois et cela le contrarie beaucoup. Alors, juste après il s'ébat contre sa baie vitrée, aux yeux de tous, avec une autre femme.

Pourtant quelque chose a changé en Brandon, il est très pensif, sombre. Lorsque sa sœur rentre, Brandon lui fait une leçon de morale vis-à-vis de David et demande à Sissy de partir vivre ailleurs. Une dispute s'engage, Brandon devient méchant et la traite de poids et de fardeau. Sorti prendre l'air en espérant que Sissy sera partie à son retour, Brandon s'arrête dans un bar où il rencontre une jeune femme. Il se montre très direct, très cru mais la jeune femme n'est pas seule et à la sortie du bar Brandon se fait tabasser par le petit copain de la fille.

Brandon erre ensuite dans les rues et rentre dans une boîte homosexuelle, où dans une alcôve libertine il reçoit une fellation de la part d'un homme. Toujours dans le tourbillon de son addiction, il rejoint une femme dans un appartement et couche avec elle, auquel se joint une seconde femme. Pendant ce temps-là, sa sœur lui laisse un message larmoyant sur son répondeur. Alors que Brandon rentre chez lui en métro, la rame est arrêtée pour enquête de police, et le métro évacué. Il aperçoit le dispositif policier à l'avant du métro, une ambulance à la sortie, vraisemblablement une agression. Pris d'un doute, d'une angoisse, Brandon essaie de joindre Sissy sur son téléphone sans succès.

Il rentre chez lui alors en courant et découvre sa sœur inanimée dans sa salle de bain, couverte de sang. Elle s'est ouvert les veines profondément. Sissy est sauvée et à l’hôpital Brandon s'aperçoit que son bras est couvert de scarifications plus anciennes. Il ressort de là effondré mais sa vie continue, ce n'est pas si simple d'échapper à ses démons.

Shame repose, comme Hunger, sur des situations simples explorées de fond en comble, à force de durée et d'acuité. Comme ce dîner au restaurant entre Brandon et Marianne, qui devient un grand moment de gêne, d'inconfort, avec sourires de contenance, elle s'accrochant à l'idée d'une romance, lui laissant apercevoir son coeur de pierre. Une tentative à l'hôtel entre les deux mêmes, quelque temps après , devient un fiasco cuisant, silencieux et fascinant. Malgré sa bonne volonté, Brandon ne connaît que le sexe pour le sexe, avec une pro ou une inconnue, ou plusieurs.

Ce film est en grande partie l'étude d'une addiction, celle de Brandon au sexe. Il utilise tous les moyens modernes à sa disposition, de la webcam à la prostitution en ligne. Il ignore le sentiment amoureux, la stabilité affective, ce qui ne l'empêche pas d'avoir un travail et une vie sociale, mais déforme considérablement son rapport à autrui. Jusqu'à un certain point, le film manifeste une neutralité vis-à-vis de cette sexualité compulsive. Le sens du tragique de Steve McQueen ne sonne pas comme un diagnostic médical, ni comme une condamnation morale.

Shame ne dénonce rien, ne porte aucun jugement. Il est le témoin d'un mode de vie destructeur encouragé par la société de consommation et qui est devenu un standard pour beaucoup d'hommes. C'est un cinéma ample, lyrique, qui se déploie à partir d'un lit défait, d'une chambre à coucher, d'une salle de bains, puis d'une rame de métro, d'un bureau aux parois de verre. C'est un regard insistant, scrutateur sur un homme, dans ses moindres faits et gestes, a fortiori les plus intimes. Steve McQueen est capable de donner une résonance quasi métaphysique aux images d'un tel quotidien.

Distribution

  • Michael Fassbender : Brandon
  • Carey Mulligan : Sissy
  • James Badge Dale : David
  • Nicole Beharie : Marianne
  • Elizabeth Masucci : une femme
  • Hannah Ware : Samantha
  • Amy Hargreaves : une femme

Fiche technique

  • Titre original : Shame
  • Titre québécois : La Honte
  • Réalisation : Steve McQueen
  • Scénario : Abi Morgan, Steve McQueen
  • Photographie : Sean Bobbitt* Montage : Joe Walker
  • Musique : Harry Escott
  • Production : Iain Canning ; Emile Sherman
  • Durée : 99 minutes
  • Dates de sortie : 4 septembre 2011 (Mostra de Venise)
    • France : 7 décembre 2011
  • Récompense 2011: Coupe Volpi pour la meilleure interprétation masculine pour Michael Fassbender.


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