Tracey Rose

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Tracey Rose, plasticienne contemporaine sud-africaine née en 1974, à Durban, Afrique du Sud

Tracey Rose vit et travaille à Johannesburg, Afrique du Sud.

Biographie

Tracey Rose étudie les Beaux-Arts à l' Université de Witwatersrand à Johannesburg et obtient son diplôme en 1996. Elle enseigne à Vaal Triangle Technikon, Vanderbijl Park, Afrique du Sud et à l'Université de Witwatersrand. En Février et Mars 2001, elle est artiste en résidence au Cap à la South African National Gallery où elle développe son travail pour la Biennale de Venise 2001, organisée par Harald Szeemann .

Elle se fait connaître du grand public à la fin des années 1990 avec ses actions subversives où elle explore et interroge les limites de son propre corps. Elle utilise aussi bien la performance, la vidéo et la photographie pour traiter de questions touchant aux discriminations raciales en Afrique du Sud, au métissage, au genre et à la représentation du corps Noir.

Tracey Rose fait partie de la génération d'artistes sud-africains post-apartheid ; elle a grandi dans cette violence permanente qui trouve inflexiblement un écho dans son œuvre, au sein de laquelle elle s'est fait la représentante de ses propres questionnements. Elle a choisi, dès le début de sa carrière artistique, d'utiliser son corps comme un instrument lui permettant de lutter contre les stéréotypes liés à la race et au genre. En 1997, elle réalise dans le cadre de la seconde Biennale de Johannesburg Span I et SpanII (1997), où enfermée dans une boîte en verre, une vitrine, elle se présente aux spectateurs du musée : nue, la tête rasée, assise et tricotant ses propres cheveux. Elle est assise sur une télévision allumée, sur l'écran est diffusée une image en gros plan d'une femme nue allongée. Il s'agit là d'une image classique dans l'histoire de l'art, la femme nue, modèle du peintre, allongée et offrant son corps aux yeux du spectateur. Lorsqu'elle se présente au public, nue et assise sur une version artistique stéréotypée des femmes, Tracey Rose propose une alternative subversive et politique de la représentation du corps des femmes. Elle est ici maîtresse de son image et de son corps.

Tracey Rose dit à propos de sa performance : Avec mon corps nu sur la TV, je voulais nier la passivité de l'action du nu allongé. En faisant cette pièce, j'avais à me confronter avec ce que je n'étais pas supposée faire avec mon corps. L'œuvre est un acte nettoyant, une déclaration. Le nouage des cheveux n'évoque pas seulement les perles du chapelet de mon enfance, mais aussi le travail des mains et la signification de cet artisanat en tant que prise de pouvoir.

La pratique de Tracey Rose s'inscrit dans une réflexion féministe, de par sa nudité exposée et l'utilisation de son corps comme support artistique. Le fait de raser ses cheveux, puis de les tricoter pour leur donner une nouvelle forme, montre un besoin urgent de l'artiste de formuler une nouvelle identité non seulement pour elle-même, mais aussi pour les femmes africaines.

Elle a poursuivi ce développement critique avec une seconde œuvre performative intitulée Untitled (Ongetiteld), présentant la jeune plasticienne dans une salle de bain, vue à travers un miroir. L'image en noir et blanc, de qualité moyenne, rappelle celles qui sont obtenues par une caméra de surveillance. L'artiste y est nue. Elle s'est elle-même rasée les cheveux et tricote ses longues mèches de cheveux. Choisir de tricoter ses propres cheveux renvoie à une activité traditionnellement attribuée à la sphère domestique féminine, tout en y apportant une dose de transgression. Une provocation rebutante puisque les cheveux sont considérés comme des déchets corporels. Face aux images, le spectateur peut éprouver une forme de dégoût et de réticence.

Span II porte un double message : en fond sonore, le spectateur pouvait entendre des témoignages de Métis sud-africains. L'artiste, elle-même métisse, ces ancêtres étaient écossais et khoisans, plonge le spectateur dans une réflexion sur ses origines et sur la signification d'être Métis en Afrique du Sud aujourd'hui. En 1994, année de l'abolition de l'Apartheid en Afrique du Sud, l'artiste avait vingt ans, elle a donc passé son enfance et son adolescence dans une société divisée et ségrégationniste. Une société dominée par la violence et la haine de l'Autre. L'Afrique du Sud était divisée en trois catégories, les Blancs, les Noirs Africains et les Coloured (les Métisses). Les Coloured sont une catégorie raciale que nous qualifions "d'entre-deux", une catégorie intervalle dans laquelle Tracey Rose cherche à se situer, par la voie mémorielle et par l'exploration de son expérience personnelle.

Ciao Bella (2001) est une série de douze autoportraits photographiques, où Rose incarne différents personnages féminins. Les photographies sont accompagnées d'une œuvre vidéo éponyme, où les figures sont réunies autour d'une table, reprenant ainsi la traditionnelle représentation de la Cène. Ici, les apôtres sont les figures féminines issues d'une mythologie personnelle à Rose. Tracey Rose procède à de cyniques mascarades pour déjouer avec pertinence les codes culturels déconnectés de la réalité. Elle interprète les rôles de douze femmes, issues de toutes les cultures, pour offrir au spectateur une redéfinition de la condition et de la représentation des femmes de manière globale.

Dans TKO (Technical Knock-out, 2000), l'artiste, dont la peau est couverte de talc, boxe un punching-ball. La caméra est installée dans le sac de frappe. Avec vigueur, elle boxe contre un adversaire invisible, Rose veut faire comprendre que chacun doit rester sur ses gardes et lutter contre toute forme de discrimination. Elle déploie une force et une rage étonnante à l'encontre de l'absence de cet Autre, pouvant signifier les inégalités et injustices qu'elle combat au quotidien. L'ennemi est aussi son combat contre les institutions qui ont voulu faire d'elle une représentante de telle ou telle culture. Elle refuse régulièrement de participer aux expositions auxquelles elle est conviée.

Tracey Rose souhaite, par le biais d'œuvres visuellement violentes et troublantes, faire table rase de l'histoire coloniale et de l'Apartheid pour mettre en avant le droit à la différence et à l'altérité.

Quelques œuvres et expositions

  • Le Penseur , objet trouvé et texte, 1996. Une petite reproduction de la sculpture Le Penseur de Rodin utilisé comme une arme dans une dispute familiale.
  • Span-I et Span II , 1997. Le travail a été présenté lors de la seconde Biennale de Johannesburg dans le spectacle du greffon organisée par Colin Richards , 1997. Le travail a également été présenté à la Biennale de Dakar en 2000.
  • Ongetiteld (Untitled) . Une vidéo faite avec des caméras de surveillance dans laquelle elle se rase tous ses poils corporels , 1998.
  • Ciao Bella , 2001. Le travail a été produite pour la Biennale de Venise 2001.
  • 01:01:01 Lucie version fourrure - La Messie , 2003, photographie lambda, 148 x 102cm
  • The Prelude The Gardenpath 2003 vidéo sur Youtube
  • The Thieveing Fuck and the Intagalactic Lay, The Goodman Gallery, Johannesburg, 2004
  • The Project, New York City, NY, 2007
  • Plantation Lullabies, The Goodman Gallery, Johannesburg, 2008
  • The Cockpit, MC Kunst, Los Angeles, 2008
  • Raison d'être, Espace doual'art, Douala, 2009
  • Performance au pied du Mur en Israël vidéo sur Youtube
  • Biennale de Lyon 2011

Galerie


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The Prelude The Gardenpath vidéo 2003

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San Pedro V, vidéo en Israël, au pied du Mur

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