Tre piani
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Tre piani , film italien de Nanni Moretti, sorti en 2021
Analyse critique
Adapté d’un roman de l’écrivain israélien Eshkol Nevo, Tre piani (littéralement: “Trois étages”) se déroule dans un immeuble, transposé de Tel-Aviv à Rome. Trois histoires s’imbriquent par la force de leur proximité géographique. Les protagonistes vivent à quelques mètres les uns des autres, mais sont loin de constituer une communauté. Plutôt une miniature de notre société, où les hommes manifestent leur intransigeance destructrice et les femmes tentent de recoller les morceaux. Le récit, qui s'étale sur 10 ans, montre les enfants du début devenir des adultes.
Première famille, Lucio, Sara et leur fillette Francesca, le père entretient la conviction délirante qu’un voisin âgé, auquel le couple confie régulièrement sa fille, a abusé d’elle; mais il va lui-même être poursuivi pour détournement de mineure. Dans la deuxième, Monica, une jeune femme, délaissée par un mari Giorgi qui court le monde pour des raisons professionnelles, craint de devenir folle comme sa mère et accouche seule de sa fille. Dans la troisième, un couple de magistrats, Vittorio et Dora voit son fils, Andrea, désœuvré et alcoolisé, tuer par accident une passante en voiture ; le père, inflexible, imposera à sa femme de ne jamais lui pardonner ce tragique dérapage
Présenté en compétition à Cannes en mai, Tre piani a désarçonné, voire désappointé, sans doute en raison de chez Moretti de l’amertume, et d’un tour inhabituellement didactique de la mise en scène.
Nanni Moretti est allé puiser dans la littérature, mais c’est sans doute à la profusion narrative des séries, devenue incontournable, qu'il se confronte pour la première fois, avec ces intrigues croisées, denses en personnages et en rebondissements. Le cinéaste analyse la notion de consentement sexuel dans toute sa complexité et s’interroge avec beaucoup de nuances sur les responsabilités respectives de l’homme prédateur et de l’adolescente entreprenante. Le sujet rejoint ainsi les motifs déjà connus mais cruellement amplifiés ici, les fractures sociale et générationnelle, le délitement du collectif. Les réflexions politique et morale du cinéaste, tramés dans le romanesque, touchent toujours aussi juste.
Ces nouveautés aboutissent à un résultat paradoxal, loin de marquer une rupture dans l’œuvre, Tre piani donne, au contraire, l’impression de retrouver un Nanni Moretti familier, celui de La Chambre du fils (2001) . Un Moretti certes plus sombre que jamais, mais émouvant, humaniste, sinon humble. Moins soucieux, cette fois, de briller par des trouvailles de mise en scène que d’accompagner ses personnages éprouvés vers une certaine résilience, ou, du moins, une consolation.
Distribution
- Margherita Buy : Dora, la mère d'Andrea
- Nanni Moretti : Vittorio, le père d'Andrea
- Alessandro Sperduti : Andrea
- Elena Lietti : Sara, la mère de Francesca
- Riccardo Scamarcio : Lucio, le père de Francesca
- Alba Rohrwacher : Monica, la mère de Beatrice
- Adriano Giannini : Giorgio, le père de Beatrice
- Stefano Dionisi : Roberto, le frère de Giorgio
Fiche technique
- Réalisation : Nanni Moretti
- Scénario : Nanni Moretti, Valia Santella, Federica Pontremoli d'après le roman israélien Trois étages d'Eshkol Nevo, paru en 2015
- Musique: Franco Piersanti
- Photographie : Michele D'Attanasio
- Montage : Clelio Benevento
- Production : Sacher Film, Fandango, Le Pacte, Rai Cinema
- Durée: 119 minutes
- Dates de sortie : 12 juillet 2021 ( Festival de Cannes 2021)
- France : 10 novembre 2021 (sortie en salles)


