Un après-midi de chien

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Un après-midi de chien (Dog Day Afternoon) film américain réalisé par Sidney Lumet sorti en 1975.

Analyse critique

La traduction du titre original littérale « Dog Day Afternoon » en « Un après-midi de chien » rend mal l'allusion à la chaleur qui règne sur le film, car l'expression américaine « dog day » signifie « canicule », conformément à l'étymologie latine de ce terme .

Deux apprentis gangsters, Sonny et Sal, tentent de braquer une banque mais le piège se referme très rapidement et ils se retrouvent cernés par la police. Cette histoire, tirée d'un véritable braquage commis en 1972, se veut aussi le reflet de son époque. Pour la première fois au cinéma, une grande star acceptait de jouer un personnage ouvertement homosexuel. Si le film ne se réduit pas à une histoire « gay », il existe une véritable histoire d'amour entre Sonny et Leon que Sidney Lumet traite avec sensibilité et sans caricature.

Sidney Lumet, en guise d’ouverture, montre des plans classiques de New York : Manhattan, Brooklyn, les ghettos et les résidences pavillonnaires, pour montrer la façon dont chacun appréhende la chaleur étouffante. Puis la caméra s’arrête, presque par hasard, sur une voiture stationnant devant une banque. Les occupants de cette voiture, ce sont Sonny et Sal, qui s’apprêtent à commettre un hold-up. Tout a été prévu pour que ce soit fini en un quart d’heure. Mais la police est avertie et une lente descente aux enfers commence pour les deux hommes, bloqués dans la banque avec leurs otages.

Sidney Lumet réussit à ne jamais franchir la frontière de l’ordinaire. Les personnages secondaires ne sont pas différents du commun des mortels, et aucun n’est « typé » . Sonny et Sal sont de pitoyables gangsters, qui ont à peine préparé leur plan (« c’est une lubie », commente la caissière de la banque) et s’y prennent très mal : Sonny ne parvient pas à retirer sa mitraillette du paquet cadeau dans lequel il l’avait dissimulée, puis s’aperçoit qu’il a été mal renseigné, car les coffres de la banque sont vides.

L’action se passe presque en temps réel (deux heures au lieu de quatre), et la mise en scène se calque sur l’esprit du documentaire : tournage en extérieurs, utilisation du public comme figurants, absence de lumières artificielles, montage rapide et nerveux. Même parfaitement ordinaire, Sonny est cependant le héros du film. La caméra est quasiment exclusivement fixée sur lui, collée à ses pas et à ses brusques mouvements, puis fondant sur lui en de rapides zooms et gros plans. Sonny est un mystère pour tous. Qu’est-ce qui a pu pousser cet homme sans histoires à commettre l’irréparable ? Ses maladresses dans sa façon de mener le braquage, puis son évident désir d’éviter les problèmes et d’être aimé de tous, les otages vont d'ailleurs peu à peu prendre son parti et le rendre éminemment sympathique.

Embarqué dans une histoire qu’il ne maîtrise plus, le petit malfrat révèle ses failles, de ses parents à sa femme, en passant par son « mari » transsexuel, tous se plaignent de lui, mais personne ne l’écoute. Le même schéma se reproduit d’ailleurs avec les policiers ou les médias, là où chacun voudrait du sensationnel, de l’extraordinaire, Sonny ne répond que par ses fêlures et son désespoir.

Un après-midi de chien se veut aussi, à différents niveaux, le reflet de son époque. Dans cette histoire à la thématique gay, Sidney Lumet parvient à la fois à éviter le recours aux sous-entendus obligatoires dans le cinéma hollywoodien des années 1950 et la basse caricature. La relation entre Sonny et Leon est avant tout une histoire d’amour, et le fait que les protagonistes en soient deux hommes ne change rien. Jamais l’idée que Sonny ait pu braquer la banque pour payer l’opération de changement de sexe de Leon n’est présentée comme ridicule. C’est en montrant l’homosexualité de Sonny comme la chose la plus ordinaire du monde que Sidney Lumet parvient le mieux à couper l’herbe sous le pied du puritanisme.

Cette histoire devient extraordinaire dans la façon dont elle a été transformée, malaxée par les médias et l’opinion publique. La gravité de l’acte commis par Sonny et Sal est progressivement montée en épingle, d’abord par les spectateurs qui font de Sonny un héros, l’encourageant et l’excitant contre la police comme dans la scène où Pacino hurle « Attica ! » à l’adresse des policiers et les force à rengainer leur arme ; puis, par les médias, qui prennent le total contre-pied du public et stigmatisent les déviances de Sonny et son amoralité. En dénonçant la starification et l’exposition médiatique de l’ordinaire, Sidney Lumet rejoint Le Gouffre aux chimères( Ace in the Hole, 1951) de Billy Wilder.

Un après-midi de chien est enfin une diatribe contre l’imbécilité du système policier. Le contraste est frappant entre les occupants de la banque, deux petits voyous armés d’un fusil et une dizaine d’otages, pour la plupart des femmes, et les moyens utilisés contre eux, police, FBI, forces spéciales armées jusqu’aux dents, hélicoptères. L’incapacité de la police, d’abord à comprendre l’angoisse de Sonny et le danger infime qu’il représente, puis à mener à bien leur opération autrement que par le meurtre de Sal, est une démonstration parfaite de l’échec du tout répressif.

Distribution

  • Al Pacino  : Sonny Wortzik
  • John Cazale  : Sal
  • Penelope Allen : Sylvia
  • Charles Durning  : Moretti
  • Chris Sarandon : Leon Shermer
  • James Broderick : Sheldon
  • Sandra Kazan : Deborah
  • Beulah Garrick : Margaret
  • Carol Kane : Jenny
  • Sully Boyar : Mulvaney
  • Judith Malina : Mrs. Wortzik
  • Lance Henriksen : Murphy

Fiche technique

  • Titre : Un après-midi de chien
  • Titre original : Dog Day Afternoon
  • Réalisation : Sidney Lumet
  • Scénario : Frank Pierson, d'après un article de P.F. Kluge et Thomas Moore paru dans le magazine Life, tiré d'un fait-divers réél.
  • Production : Martin Bergmann et Martin Elfand
  • Photographie : Victor J. Kemper
  • Montage : Dede Allen et Angelo Corrao
  • Durée : 124 minutes
  • Dates de sortie : 21 septembre 1975 aux États-Unis
    • 30 janvier 1976 en France

Distinctions

  • 1975 : Oscar du meilleur scénario original
  • Nommé à l'Oscar du meilleur acteur, Al Pacino est devancé par Jack Nicholson pour Vol au-dessus d'un nid de coucou.
  • 1975 : LAFCA du meilleur film
  • En 2009, le film est entré dans le National Film Registry pour conservation à la Bibliothèque du Congrès des États-Unis.


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